» Tabac : la loi
fonctionne
par Thomas Nispola
Dernièrement en France, on s’est
beaucoup agité autour du projet de loi qui a abouti à
un décret interdisant de fumer dans les lieux publics
à partir du 1 février 2007 (2008 pour les bars,
restaurants et discothèques). Tandis que les uns et les
autres prophétisent sur les conséquences à
venir d’une telle disposition, il peut être profitable
de se pencher un instant sur le cas italien où une législation
similaire est déjà entrée en vigueur il
y a deux ans.
L’Italie est le troisième pays européen,
après l’Irlande et Malte, à avoir adopté
une législation interdisant de fumer dans les lieux publics,
avec une loi de janvier 2003, entrée en vigueur le 10
janvier 2005. Interdire à un Italien de s’allumer
une cigarette après un bon repas au restaurant, de fumer
en discothèque en sirotant un cocktail… Voilà
une perspective qui, a priori, en faisait sourire plus d’un.
L’image de l’Italien habile à contourner
les lois et qui n’en fait qu’à sa tête
a la peau dure. Pourtant, près de deux ans après
l’entrée en vigueur de la loi, force est de constater
que cette initiative imposée « d’en haut
» a apporté des changements d’attitude tangibles
et étonnamment bien vécus de la part des fumeurs
italiens.
Les personnes fréquentant les établissements ouverts
au public (c’est-à-dire les bars et restaurants
essentiellement) se déclarent à 80 % satisfaites
de cette loi, sachant qu’environ 30 % d’entre elles
sont des fumeurs. La majeure partie des fumeurs italiens a en
effet bien accepté cette nouvelle contrainte. Après
un an d’application de la loi, en février 2006,
69 % d’entre eux avaient réduit de façon
notable le nombre de cigarettes fumées quotidiennement,
et 7 % avaient même totalement arrêté de
fumer. Au total, en un an, le nombre de fumeurs en Italie a
diminué de 500 000 personnes.
La bonne volonté avec laquelle la loi a été
respectée est pour le moins étonnante. Les gérants
d’établissements disent n’avoir presque jamais
du intervenir pour faire respecter la réglementation.
Les visites de contrôle sont assez rares, moins d’un
tiers d’entre eux affirme en avoir reçu. Le fait
est que les clients qui continuent à fumer appliquent
de bon gré la nouvelle législation, et vont d’eux-mêmes
fumer à l’air libre. Avant de sortir, ils se livrent
généralement à une rapide consultation
des autres fumeurs, pour aller fumer en compagnie. C’est
ainsi qu’il est encore plus fréquent qu’autrefois
de voir des petits cercles de personnes en train de discuter
sur le seuil des bars italiens. On dira, si l’on ne connaît
l’Italie qu’à travers les clichés,
que le climat plus doux dont jouit le Belpaese favorise ce phénomène.
Évidemment, on n’apprendra pas à un lecteur
de RADICI que dans une bonne partie de l’Italie les hivers
sont aussi froids que de ce côté-ci des Alpes.
C’est là que l’esprit irréductiblement
débrouillard et positif de l’Italien entre en jeu
: dans certaines villes du Centre-Nord du pays, de hauts poêles
à gaz ont poussé devant les bars, parfois accompagnés
de tablettes ad hoc permettant d’appuyer son coude ou
son verre. On peut ainsi fumer à l’air libre, sans
souffrir du froid, dans un inconfort finalement très
limité.
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