» Partir de l’Émilie-Romagne
: le profil d’une région «non migratoire»
par Antonio Canovi
L’Émilie-Romagne n’est
certes pas la région d’Italie dont on est le plus
parti, mais elle a compté tout de même un nombre
non négligeable d’émigrants jusque dans
les années 60. Voici le portrait migratoire de cette
région devenue aujourd’hui terre d’accueil
de nombreux étrangers.
Le titre de cet article comporte une petite provocation : dans
le panorama migratoire italien, l’Émilie-Romagne
n’a jamais fait beaucoup parler d’elle, au point
que les chercheurs la considéraient comme une région
« non migratoire ». En réalité, même
si elle reste loin des chiffres de la Vénétie
(la première région en Italie pour le nombre de
départs), l’Émilie-Romagne a vu partir près
de 1 100 000 personnes entre 1876 et 1961.
Je voudrais m’attarder un instant sur la période
retenue ici : l’essentiel de la phase migratoire régionale
se conclut au début des années 60, tandis qu’au
niveau national (et surtout dans les régions du sud,
à commencer par la Sicile et la Calabre) le phénomène
se poursuivra jusqu’à la fin des années
70. Le fait que l’émigration y ait cessé
depuis plus longtemps explique peut-être que sa mémoire
s’étiole quelque peu en Émilie-Romagne.
En outre, depuis une trentaine d’années, cette
région présente un des plus hauts indices de bien-être
du pays, aussi bien au niveau du revenu moyen qu’à
celui de l’offre de services sociaux. Aujourd’hui,
concrètement, l’Émilie-Romagne est une des
zones en Europe où les étrangers sont le plus
nombreux et le mieux accueillis, qu’il s’agisse
de travailleurs (employés pour la plupart dans l’industrie
et le tertiaire) ou encore d’enfants (les provinces émiliennes
ont le plus fort taux de scolarisation des étrangers
en Italie).
Malgré cela, c’est seulement à la moitié
des années 90 que la population immigrée de l’étranger
a dépassé en valeur relative la population émigrée
vers l’étranger.
Pour disposer d’un cadre actuel de l’émigration,
il nous faut partir de l’AIRE, l’Anagrafe degli
Italiani Residenti all’Estero. Cet état-civil,
institué en 1989, est resté en sommeil ou pour
le moins en marge des services démographiques proprement
dits pendant une dizaine d’années. Les choses ont
changé à la fin des années 90, pour deux
raisons à la fois : d’une part, l’augmentation
du nombre des demandes d’inscription à l’état-civil
de la part de descendants d’émigrés italiens,
en provenance surtout d’Amérique latine ; d’autre
part et dans une moindre mesure, la décision politique
(votée par une large majorité transversale, même
si elle a par la suite été associée au
nom du ministre d’Alleanza Nazionale Mirko Tremaglia)
de réserver un certain nombre de sièges de députés
et de sénateurs de la République au suffrage direct
des Italiens résidant à l’étranger.
On a pu voir les effets de cette loi de façon éclatante
tout autant qu’imprévisible à l’occasion
des élections parlementaires d’avril dernier :
c’est seulement grâce au léger écart
obtenu parmi les électeurs des circonscriptions de l’étranger
que la nouvelle majorité de centre-gauche (qui a porté
Romano Prodi à la tête du gouvernement) réussit
à l’emporter au Sénat.
Le fait est que, de nos jours encore, près de 3,3 % de
la population de l’Émilie-Romagne réside
à l’étranger. Et si jusqu’en l’an
2000 la majorité des inscrits s’avérait
résider en France et en Suisse, l’intense mouvement
d’inscription ou de réinscription à l’AIRE
de ces dernières années a fait pencher la balance
en faveur de l’Argentine. Il est aujourd’hui courant
que des personnes nées en Amérique latine, et
qui ne parlent pas toujours italien, demandent la citoyenneté
italienne. Ceci survient pour des raisons d’appartenance
culturelle ou encore par besoin économique : on devient
italien pour reconnaître ses propres « racines »
familiales, ou pour préparer une nouvelle émigration
(même si beaucoup, une fois la double nationalité
obtenue, italo-argentine par exemple, choisissent comme nouveau
pays l’Espagne plutôt que l’Italie).
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