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» Luciano Pavarotti, un emiliano per eccellenza
par Pierre Cadars

Emiliano per eccellenza? Senza dubbio, ma Pavarotti è anche il prototipo stesso della star planetaria. Niente è eccessivo per colui che incarna il canto lirico al più alto livello.

Il y a des artistes que l’on admire avec cette distance nécessaire que l’on doit à un talent supérieur. D’autres, plus rares, que l’on admire tout autant mais dont l’art et l’existence même nous semblent si proches qu’ils finissent par appartenir à notre paysage familier. Ils font partie de notre vie, mieux, ils nous aident à vivre. Luciano Pavarotti, on l’a compris, appartient à cette seconde catégorie, celle des dieux descendus sur terre, que l’on vénère et que l’on aime à la fois. Peut-être parce qu’il est ténor et que depuis toujours – depuis le début du dix-neuvième siècle en tout cas – la voix de ténor exprime plus que toute autre la passion et la vaillance, la douleur aussi parfois. Peut-être aussi parce qu’il est Italien et qu’il est né en Emilie-Romagne… Même si l’on se méfie avec raison de ce type de déterminisme géographique, comment ne pas reconnaître à cet emiliano per eccellenza certains traits, certains penchants qui s’attachent à sa région natale ? Ces racines, il les a toujours revendiquées et il ne manque aucune occasion de venir se ressourcer parmi ses amis d’autrefois, ceux qui l’accompagnaient déjà sur les terrains de foot ou dans les salles d’opéra, avant qu’il ne devienne une star planétaire.
Star planétaire ? Le mot n’est pas trop fort lorsqu’on considère que sur tous les continents « Big Luciano » incarne aujourd’hui « le » chanteur lyrique à son plus haut niveau de professionnalisme et aussi, ce qui est plus rare, de chaleur humaine. S’agit-il là d’une image idéale construite par des experts en communication afin de conforter la vente de ses disques ? Dans un monde aussi dur, aussi exigeant que celui de l’opéra, la poudre aux yeux et les fausses gloires ne durent jamais qu’un temps. On ne peut pas mentir lorsqu’on se retrouve durablement sur scène au service d’un répertoire pour lequel les références abondent. On ne peut pas tricher vraiment lorsque durant plus de quarante ans de carrière au sommet, on présente toujours la même image personnelle imperturbablement solaire. Et puis est-il si facile d’imposer « Una furtiva lagrima » ou « A’Vucchella » à côté des standards du show-bizz, surtout auprès d’un public de plus en plus large qui n’entrerait qu’avec méfiance dans un temple lyrique ? Les grands récitals donnés au Central Park de New York ou, en compagnie d’autres chanteurs venus de tous les horizons, sur sa terre natale, montrent à la fois l’étendue de son succès et son désir profond de faire partager ses coups de cœur ainsi que le fruit de son travail. Voici donc le « ténorissimo » en habit de lumière, l’œil chaleureux, le sourire aux lèvres, l’embonpoint confortable, la stature imposante. En guise d’arme, ce grand mouchoir blanc qui semble annoncer une paix nouvelle, lorsqu’il ne sert pas de façon plus prosaïque à éponger la sueur du sportif pour lequel chaque récital représente un nouveau parcours d’obstacles. Se pose alors cette question, bien naïve peut-être dans sa formulation : comment devient-on ainsi une idole ?

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