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Indro Montanelli

» Indro Montanelli, un esprit libre
par Rocco Femia

Il fut l’un des plus célèbres journalistes italiens, témoin des grands événements qui ont marqué le XXe siècle.

Toujours à contre-courant, cet esprit libre n’a jamais servi le pouvoir mais les lecteurs, les seuls « maîtres » qu’il ait acceptés. Nous parlons bien d’Indro Montanelli, Toscan né à Fucecchio en avril 1909, et Milanais d’adoption. Et c’est justement à Milan, dans sa ville tant adorée, qu’il est mort en juillet 2001, à l’âge de 92 ans.
Indro (son athée de père l’avait appelé Cilindro) fait ses premiers pas dans le journalisme à l’étranger, où il fait ses études. À Paris, il est élève à la Sorbonne et chroniqueur à Paris Soir. Webb Miller, un collègue américain, lui donne alors un précieux conseil qui deviendra la marque de sa carrière : « Écris de façon à être lu par un crémier de l’Ohio ». Ce qu’il fera, et qui lui permettra aussi de rencontrer un si grand succès auprès des lecteurs.
Le jeune Indro aime l’aventure et, en bon fasciste, part comme volontaire pour la guerre d’Éthiopie (1936). L’année suivante – mais cette fois en tant qu’envoyé du quotidien romain Messaggero – il est sur un autre front : celui d’Espagne, où la guerre civile fait rage et où les milices fascistes combattent aux côtés des nationalistes espagnols de Franco. Les quotidiens italiens exaltent les prouesses légendaires de nos volontaires. À l’inverse, Montanelli raconte la simple vérité, ce qui suffit à faire enrager les dirigeants. C’est le premier acte de désobéissance que Montanelli paye par son expulsion du Parti fasciste et sa radiation de l’ordre des journalistes.
Cependant, un tel talent ne peut être perdu. En effet, Aldo Borelli, directeur à l’époque du Corriere della Sera, le fait écrire en recourrant à l’escamotage du collaborateur externe. Montanelli est à Berlin quand Hitler déclare la guerre, puis il se rend en Finlande pour raconter le conflit russo-finlandais. Le journaliste passionne les lecteurs en écrivant des pages épiques qui défendent le peuple finlandais dans sa bataille contre le géant soviétique. Les ventes du Corriere connaissent une hausse spectaculaire, mais le Duce n’apprécie pas les accents anti-soviétiques, car l’allié allemand vient juste de signer un traité avec l’URSS (Ribbentrop-Molotov).
Dès que la guerre se termine, Montanelli devient une figure du quotidien milanais pour lequel il travaillera jusqu’en 1973 puis, à nouveau, dans les derniers moments de sa vie. Au fil des ans, il interviewe les grands de la politique et fait le tour de l’Europe pour témoigner de son histoire en tant qu’envoyé spécial. En 1956, il est à Budapest, où éclate la révolte qu’il définit de manière convenable, comme étant l’œuvre « des communistes hongrois ». Ses articles secouent les consciences. Avec l’arrivée des chars armés soviétiques, le Parti communiste italien catalogue la rébellion de « bourgeoise et impérialiste » et défend Moscou. Ils sont pourtant nombreux les camarades italiens qui, tout en s’éloignant de la position officielle du Parti, commencent à douter du modèle soviétique et à croire à la version de l’anticommuniste Montanelli – qui n’a d’ailleurs jamais caché ses idées politiques. Ex-fasciste déçu du régime, homme de droite, conservateur, patriote, il est toujours prêt à critiquer les Italiens pour leurs défauts et leurs faiblesses. Ses convictions ne lui empêchent pas cependant, de prendre ses distances avec la politique. Un Italien atypique donc, athée, marié mais sans enfants, toujours en quête de solitude, mais également doté d’une ironie piquante. Une simple anecdote vous le prouvera.
Un jour, Nilde Lotti, dirigeante du Pci et compagne du responsable communiste Palmiro Togliatti, vient voir Montanelli. Surprise de trouver sur son bureau une statuette de Staline, elle lui demande : « Mais comment se fait-il que Staline soit dans le bureau d’un anti-communiste comme vous ? ». Ce à quoi Montanelli répond : « Parce que personne n’a jamais tué autant de communistes que Staline lui-même ».

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