» TEATRO ALLA SCALA : un trono vicino al cielo
par Pierre Cadars
À Milan depuis plus de deux siècles, la religion du chant est aussi une affaire d’État.
Un conseil tout d’abord : oubliez Stendhal et tout ce qu’il a pu écrire sur l’Italie. En l’espace de deux siècles, bien des choses ont changé dans les mentalités autant que dans les paysages, dans les théâtres aussi où l’on ne retrouvera plus guère ces ambiances continuelles d’intrigues mondaines qui fascinaient tant le voyageur français passé de l’autre côté des Alpes. Et pourtant, par bien des aspects, la vie de la Scala semble appartenir encore à une époque révolue. Au cœur de ce sanctuaire de l’art lyrique, les dieux sont restés tout puissants et les fidèles qui viennent les entendre en attendent toujours des miracles. Plus que nulle part ailleurs dans le monde (à l’exception peut-être de Bayreuth), on vient ici, que l’on soit artiste en représentation ou simple spectateur, pour participer à un office collectif. Triomphe ou fiasco ne tiennent souvent qu’à une note. Bien des célébrités, récemment encore, en ont fait la triste expérience. Comme dans d’autres lieux où les passions sont vives, un rien suffit pour que la salle se transforme en arène. Là, dans ce rapport intime qui existe entre le public des connaisseurs et les chanteurs, se maintient intacte la personnalité de la Scala : exigeante, ombrageuse, sans cesse en ébullition.
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