» Garibaldi, le mythe du Héros des Deux Mondes
par Hubert Heyriès
Garibaldi construisit de son vivant un mythe qui lui a survécu, tout à la fois célébré, attaqué et récupéré. Encore aujourd’hui, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, l’image du Héros des Deux Mondes reste forte, même s’il ne déchaîne plus les passions d’antan.
Pourquoi ?
Garibaldi ne laissa personne indifférent. Né français à Nice le 4 juillet 1807 et mort italien sur son île de Caprera, au large de la Sardaigne le 2 juin 1882, il fut tout au long de sa vie à la croisée de plusieurs cultures, Joseph pour les Français, Giuseppe pour les Italiens ou encore Jòusé pour les Niçois. Héros des Deux Mondes, il incarna ainsi un mythe qui, de son vivant comme après sa mort, fut célébré, mais aussi attaqué et récupéré.
L’incarnation d’un mythe
Garibaldi naquit dans une maison donnant sur le port de Nice, dans une famille de marins pêcheurs suffisamment aisée pour lui donner une instruction à la fois française et italienne grâce à deux prêtres (qui laissèrent un mauvais souvenir) et un maître laïc qui donna les bases d’une culture humaniste. Ses parents auraient voulu faire de lui un médecin ou un avocat, mais il choisit la carrière de marin. Dans les années 1820, il découvrit à l’âge de quinze ans Rome, non pas la Rome antique de ses espérances, mais la Rome des Papes, cléricale et corrompue. Puis, au début des années 1830, il navigua en Méditerranée orientale où il s’initia aux problèmes des nationalités en Europe et à l’action révolutionnaire en rejoignant les rangs des fidèles de Giuseppe Mazzini qui venait de fonder, en 1833, la Jeune Italie au nom de la Liberté, de la République et de l’Unité de la péninsule transalpine. Garibaldi aurait ainsi participé à une insurrection en 1834 qui échoua piteusement, ce qui l’obligea à fuir, condamné à mort par contumace, en Amérique du Sud, où il retrouva des amis proscrits comme lui.
Dès lors commença la légende garibaldienne proprement dite. De 1837 à 1841, à la fois corsaire et condottiere, il se battit pour la cause de la République du Rio Grande Do Sul, rencontrant l’amour de sa vie, Anita Ribeiro da Silva, qu’il enleva. De 1841 à 1848, il défendit la cause de la République de l’Uruguay, contre l’Argentine, en soutenant le siège de Montevideo. Il fonda ainsi en 1841 une légion de volontaires italiens qu’il habilla de la chemise rouge par nécessité, un stock de laine rouge destiné aux saladeros argentins des abattoirs de Buenos Aires, étant resté à Montevideo à cause du blocus. La légende de la chemise rouge naquit ainsi à des milliers de kilomètres de l’Europe, mais les exploits de Garibaldi traversèrent rapidement les Océans, et arrivèrent jusqu’en France et en Angleterre (qui se préoccupaient de la sécurité de leurs ressortissants), ainsi qu’en Italie. Alexandre Dumas écrivit ainsi Montevideo ou la nouvelle Troie en 1850, faisant de ces Italiens les descendants d’un nouvel Énée en quête de la Rome de leurs espérances.
Dès que Garibaldi apprit les événements du Printemps des Peuples qui agitèrent l’Europe en 1848, il quitta Montevideo pour rejoindre la patrie vénérable et offrir son épée à la couronne piémontaise qui entendait devenir le porte-flambeau des espérances dynastiques, unitaires et patriotiques de l’Italie. Garibaldi, auréolé de gloire et surnommé le Héros des Deux Mondes, devint alors le champion du Risorgimento italien.
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