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Favignana
Favignana

» Voyage dans les Égades : Favignana
par Caroline Eysen

À quelques milles nautiques de Trapani, trois perles méconnues émergent de la Méditerranée. Ce sont les îles Égades, le Egadi. RADICI vous invite sur la plus grande d’entre elles, Favignana, pour une ballade toute en impressions.

À Favignana le soleil se lève à 6 heures sur le port. L’eau est émeraude. Tout autour. Partout. Une teinte extraordinaire qui donne envie de s’y jeter puis d’ouvrir grands les yeux sous l’eau pour se contempler, immergé dans ce bleu-vert. De l’autre côté du port s’élèvent les bâtiments de brique jaune de l’ancienne tonnara. De hautes arches abritent les portails rouillés de ce monument de la pêche au thon, aujourd’hui désaffecté, mais qui faisait autrefois la gloire et la fortune de l’île. Sur le port, la jetée est entièrement pavée, comme le sont les quais, les ruelles du village et la grand’place. De larges pavés de pierre blanche, polis par le temps et les intempéries, un peu glissants et qui rendent, sous le soleil de midi, une chaleur intense, immobile, minérale.

Tout le village est minéral, les ruelles pavées prolongées quelquefois de trottoirs faits de la même pierre, les maisons, réduites à l’essentiel : une façade en rectangle, une porte, deux fenêtres, quelquefois quatre. En règle générale, aucune décoration, aucune fleur, aucun arbre ne vient égayer la sobriété de ces façades. L’église de la grand’place veille, silencieuse, sur le petit monde de l’île, les commerçants, les pêcheurs et tous ceux qui, aujourd’hui, vivent des petits services liés au tourisme saisonnier : location d’appartements, de vélos, de zodiacs, tours de l’île en barque, mini-croisières d’une journée en voilier…

Les magasins ouvrent très tôt le matin et ferment à une heure de l’après-midi pour le déjeuner suivi de la sieste, puis rouvrent à partir de cinq heures. En ces heures de chaleur implacable, les touristes se réfugient aux terrasses des bars et des cafés, à l’ombre d’arbres bas dont le feuillage épais s’étend à l’horizontale au-dessus d’un petit tronc gris et noueux. Les quelques autochtones qui ont renoncé à la sieste et qui ne se sont pas retirés dans leurs petites maisons rectangulaires, collées les unes aux autres comme pour se protéger de la mer ou du vent qui souffle parfois fort dans les ruelles, ceux-là s’installent dos au mur sur des chaises alignées le long des façades des cafés. De là, ils peuvent observer le peu de vie qui passe au ralenti sur la place. C’est l’heure de la granita. Dégustée avec une brioche, à la sicilienne, tôt le matin en guise de petit-déjeuner, elle s’impose de nouveau après le déjeuner. Aux amandes, aux mûres, à la pastèque ou plus traditionnellement au citron, on la déguste en fait systématiquement, tout au long de la journée. On la goûte dans chaque bar et dans chaque café, on la compare, on la mesure, pour finalement annoncer officiellement les résultats de la dégustation : “au bar qui fait l’angle on mange la meilleure granita aux amandes mais c’est le bar La Palma qui fait la meilleure granita au citron….”. La granita sicilienne, c’est tout un art… Certains l’apprécient bien brassée, parfaitement lisse, d’autres la préfèrent plus granuleuse avec de minuscules particules qui donnent l’impression de manger une pulpe de fruit glacée..

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