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Rocco Femia

» Tout et son contraire ou l’art du provisoire qui devient définitif
par Rocco Femia

Urgence et crise. Deux mots qui font depuis des semaines la une des journaux italiens. Urgence-poubelles pour une bonne partie de la Campanie, urgence-criminalité dans la lutte contre la mafia, urgence-immigration… Puis, histoire de changer, arrive la « crise », presque toujours politique, avec l’énième appel aux urnes et aux réformes, que les Italiens attendent désormais de moins en moins patiemment. Nous allons une fois de plus assister au petit théâtre de la politique, qui se nourrit de ses propres volte-face. Que fait la droite ? Berlusconi, il y a quelques semaines encore, était le partisan convaincu d’une réforme électorale qui aurait permis à son parti Forza Italia de se libérer de An (Alleanza Nazionale, de Fini), de l’Udc et de la Lega, autant de formations qu’il considérait de moins en moins fiables et qu’il accusait de lui rendre la vie gouvernementale impossible. Il aura suffi de deux semaines et de la chute du gouvernement Prodi pour qu’il fasse marche arrière, de même que ses alliés, qu’il avait traités quelques jours auparavant « d’ectoplasmes ». Opportunisme politique, diront les politologues, transformisme selon nous ; le fait est que ceux qui étaient un boulet sont redevenus de grands amis.
Et la gauche ? Les choses, il faut l’admettre, ne vont guère mieux, si l’on considère le mauvais tour de Mastella, ex-ministre de la Justice, qui rentrera dans l’histoire comme l’image évidente d’une politique devenue une affaire de famille, et où les intérêts personnels passent, sans aucun doute, avant les intérêts publics.
C’est d’ailleurs dans cette disproportion entre raisons personnelles et conséquences nationales, entre petites vengeances et désastres, que réside toute la gravité de la crise italienne. Qui n’est pas, attention, uniquement celle de l’exécutif – peu importe qu’il soit de gauche ou de droite –, laquelle serait somme toute remédiable, mais bien la crise de l’ensemble du système politique et parlementaire qui se voit dans l’impossibilité de gouverner à cause d’une série de chantages individuels perpétrés par un pourcentage dérisoire de parlementaires qui trouvent dans les coalitions de gouvernement la seule manière d’exister et de conserver leurs fauteuils.
Et c’est là que se trouve le vrai noeud de la crise : la possibilité de faire tout et son contraire, sans assumer la responsabilité de ce qui est dit et donc sans en tirer les conséquences. Aujourd’hui “A”, demain “B”, selon la direction du vent. C’est le mal qui a désormais contaminé une bonne partie des membres de la classe politique, qui a été définie, à juste titre, comme une « caste ». Voilà ce qui éloigne les simples citoyens de la politique : l’idée que ce qui sort de la bouche d’un homme politique ne peut être digne de confiance. Il est inutile de se faire des illusions. Quelle réforme pourra bien un jour nous sauver si ensuite nos hommes politiques et leurs partis respectifs restent les mêmes, avec ce même sens de l’État ? La véritable urgence en Italie réside dans la recherche d’une dimension éthique et morale. Voilà ce que serait la vraie réforme.

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