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Emigrazione

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» 1880-1914, les ouvriers italiens dans le Sud-Est : des conflits à l’intégration
par Giuseppina Sanna

L’intégration des ouvriers immigrés fut un processus long et douloureux. Le syndicalisme contribua à cette intégration mais d’une façon ambiguë. Face aux inquiétudes des Français, il laissa souvent de côté l’internationalisme prolétaire. Avec le temps et les luttes communes, ouvriers français et italiens finiront par se rapprocher.

À partir de la fin du XIXe siècle, la France devint une destination d’émigration privilégiée pour les Italiens. En 1901, ils représentaient ainsi 31,8 % des étrangers de l’Hexagone. Dans la plupart des cas, les migrants provenaient du Nord de la péninsule : les Piémontais constituaient 28 % du total, suivis des Toscans, des Lombards, et dans une moindre mesure, des Vénètes. La présence de migrants du Sud fut toujours faible, même si, à partir des années 1890, la presse marseillaise évoquait l’arrivée dans la ville de « Napolitains ».

La forte présence italienne dans le Sud-Est
Les trois départements du Sud-Est, les Alpes-Maritimes, le Var, et les Bouches-du-Rhône, comptaient en 1896 le plus fort pourcentage d’immigrés transalpins. Marseille était la destination principale et 16,5 % de la population de la ville était alors italienne. La proximité de l’Italie, les facilités de communications terrestres et maritimes et la forte attraction que les centres industriels et navals exerçaient sur la main d’œuvre italienne favorisaient l’immigration. En outre, les deux pays possédaient des liens historiques ; Nice, la patrie de Garibaldi, en était un exemple significatif : la majorité de la population française était née au Piémont et le nombre d’Italiens était presque équivalent au reste des habitants.
Il s’agissait principalement d’une population jeune, masculine et célibataire, liée aux emplois saisonniers. Mais à partir du début du XXe siècle, ces mouvements temporaires commencèrent à diminuer au profit d’une émigration plus stable et définitive, comme le prouve l’augmentation sensible de l’émigration féminine. Sans perspectives d’avenir dans leur Piémont natal, les femmes se dirigeaient vers la France pour devenir serveuses, blanchisseuses ou repasseuses. La Côte d’Azur en attirait un grand nombre, tout comme la zone de Grasse pour la récolte des olives, du jasmin et des violettes. Toutefois la main d’œuvre féminine se dirigeait principalement vers les usines. Marseille rassemblait un pourcentage élevé de femmes immigrées : dans l’industrie textile et alimentaire, elles remplaçaient les jeunes femmes françaises, éloignées des usines par des lois très sévères sur la fréquentation scolaire obligatoire.
Les travailleurs italiens exerçaient pour la plupart des activités manuelles : ils étaient employés comme ouvriers dans le secteur industriel et, en plus petite quantité, dans l’agriculture. Beaucoup travaillaient comme travailleurs ambulants mais la majorité était utilisée comme main d’œuvre dans les ports et sur les chantiers des travaux publics de construction de chemins de fer, routes, ponts et fortifications. Les tâches qu’ils exerçaient étaient souvent les plus dures et les plus mal payées, celles que les travailleurs autochtones refusaient. Il s’agissait donc d’une émigration pauvre, avec un niveau de scolarisation extrêmement faible, qui empêchait la moindre mobilité sociale ou la moindre affirmation dans la vie économique et politique de la ville. Il n’y avait pratiquement pas d’élite cultivée et professionnelle qui aurait pu peser dans la société d’arrivée.

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