» C'est pas plus bête
par Thomas Nispola
L’Italie fourmille d’initiatives brillantes, qui sont l’œuvre d’entrepreneurs, d’élus locaux, d’associations ou de simples citoyens, passés de l’idée à la pratique pour le profit de tous. Ces excellences italiennes sont tellement nombreuses que nous ne pouvons en évoquer qu’une infime partie dans ce numéro. Cette fois-ci, ce sont nos amies les bêtes qui nous accompagneront à la découverte de cette Italie qui marche (très) bien.
Du nord-est à la Sicile, de Rome au Piémont, des Italiens ont reconsidéré notre rapport aux animaux, lançant des inititiatives modestes en apparence mais qui changent réellement la vie des communautés. Certains ont remis au goût du jour le bon sens des anciens, qui savaient que les animaux étaient nos meilleurs alliés pour de nombreuses tâches simples mais fastidieuses de tous les jours, et ont remplaçé avantageusement des procédés mécaniques ou chimiques, coûteux, polluants et peu conviviviaux. D’autres ont porté un regard astucieux sur la présence animale et, en utilisant la technologie moderne, ont renversé des situations qui semblaient ingérables. Tous ont un point commun : ils ont fait preuve à la fois d’originalité et de bon sens, ont assumé des idées qui pouvaient sembler farfelues, et en retirent finalement de grands avantages. Tour d’horizon d’une ingéniosité exemplaire, pour une leçon d’optimisme appliqué.
Clochettes et bêlements à l’ombre de la Mole
Turin s’était déjà distinguée par les intelligentes et clairvoyantes initiatives qui ont permis de gérer de façon positive la « désindustrialisation » de la ville : Salone del gusto organisé par Slow Food (originaire de Bra) dans le Lingotto1, transformation de la Mole Antonelliana (Le môle d’Antonelli, du nom de l’architecte qui l’a conçue) en un musée du cinéma qui fait référence, Foire Internationale du Livre, festival Torino Spiritualità... Aujourd’hui, un architecte propose même de porter la mer à en ville : la gare de Torino Porta Nuova, en cours de réhabilitation, serait l’écrin de ce projet pas si fou. Vu que des milliers de Turinois vont le week-end profiter de la mer sur la côte ligure, générant par là même des embouteillages colossaux à l’aller comme au retour, l’idée est venue à Maurizio Zucca de créer un immense bassin balnéable, alimenté par l’un des 4 cours d’eau qui traversent la ville, la Dora, sur l’ancien site ferroviaire. Tout bien pesé, la dépense globale d’énergie et la pollution pourraient bien s’en trouver réduites. Et les Turinois retrouveraient le plaisir de se baigner dans leur propre ville, comme ils pouvaient le faire dans le Pô jusqu’aux années 50... En attendant que la municipalité prenne une décision quant à ce projet, une autre initiative, plus terre à terre, a vu le jour. Deux éleveurs, l’un de Chieri, l’autre de Pinerolo, avaient sollicité auprès de la ville de Turin l’autorisation de faire paître leurs bêtes sur les espaces verts communaux. Après quelques tâtonnements, leur requête a abouti : la municipalité a fait ses calculs et s’est rendu compte que les herbivores allaient très avantageusement remplacer les tondeuses à gazon. On réalise une belle économie sur le budget, on remplace le bruit des moteurs à deux temps par le sympathique concert des bêlements et des clochettes, on fertilise naturellement les pelouses, et, accessoirement, on permet aux petits citadins de découvrir des vaches et des moutons « pour de vrai ». L’été dernier, une quarantaine de vaches à brouté dans le Parco della Rimembranza, sur la colline de la Maddalena, tandis que dans d’autres parcs de la ville, au printemps, deux troupeaux de moutons se sont alternés, pour un total de 500 bêtes. Cette année, au mois d’avril, les Turinois ont de nouveau assité au spectacle du troupeau d’ovins descendant en trottinant la colline2 puis traversant le corso Casale pour se rendre sur le parco del Meisino, tandis que d’autres de leurs congénères sont descendus quelques jours plus tard pour s’installer aux parcs Colonnetti et Piemonte vers le torrent Sangone3, du côté de Mirafiori. On n’a pas vu de vaches en revanche, car on a estimé que les traces de leur passage l’an dernier avaient été trop volumineuses et durables... On a une idée, on l’expérimente, on rectifie le tir : on progresse.
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