» PRIMO CARNERA, UNA VITA DA GIGANTE
Thomas Nispola
À l’occasion de la sortie en salles du film Carnera, RADICI évoque pour vous une figure exceptionnelle du sport italien. Cet enfant misérable du Frioul, dont la vie est un récit épique, fut le premier boxeur italien à conquérir le titre mondial des poids lourds, la catégorie reine. Nous lui consacrons ici une large place, qui est encore bien peu pour ce géant au grand coeur.
Né le 25 octobre 1906 à Sequals, dans le Frioul (près d’Udine, et aujourd’hui dans la province de Pordenone), d’une famille pauvre, Primo impressionne dès sa naissance : il pèse déjà 8 kilos. Son père est céramiste et a dû émigrer en Allemagne pour nourrir la famille. Lorsqu’il part au front au début de la Grande guerre, il laisse sa famille en situation d’indigence. Le jeune Primo représente une bouche vorace à nourrir : à l’âge de 12 ans, il a déjà la taille d’un adulte, et mange en proportion. On a des problèmes pour l’habiller. Un vieil uniforme allemand, après quelques retouches fait l’affaire... mais risque aussi de lui attirer des problèmes : deux officiers allemands l’aperçoivent un jour, et le prennent pour un déserteur. Les voisins et la famille devront intervenir pour les convaincre qu’il ne s’agit que d’un gamin. Si pour les vêtements on peut trouver des solutions, pour les chaussures, c’est une autre affaire : il y a bien longtemps que l’on a renoncé à le chausser. Mais le hasard pourvoit. Un jour qu’il se promène aux abords du bois, Primo découvre un soldat autrichien pendu à un arbre : le gamin aux pieds nus remarque les chaussures, plus grandes que la normale... « Mi faccio coraggio e gliele tolgo. Mi andavano alla perfezione. Un paio di scarpe nuove ai piedi..! Non avevo mai avuto la grazia di possederne. » racontera-t-il. Sa faim est insatiable, et une anecdote illustre cela. Lorsque sa mère l’envoie au village acheter une miche de pain, il revient à la maison les mains vides : chemin faisant, il a dévoré l’objet de sa course... Mais Primo c’est aussi une paire de bras, exceptionnellement robustes. Adolescent, il part travailler comme charpentier avec son oncle qui vit en France, au Mans, et envoie l’argent à sa famille. Mais cela n’améliore guère son quotidien, et, surtout, cela ne calme pas sa faim.
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