Le chant de la terre
Pierre Cadars
Au point où il en est de sa carrière, j’imagine que Roberto Alagna profite pleinement de sa notoriété planétaire, en mesure les limites mais sait aussi en tirer le meilleur parti.
Il n’a plus à courir après la gloire puisque de toute évidence elle lui appartient. Désormais il lui est permis d’imposer ses choix et d’être lui-même, de quitter pour un temps les personnages de légende auxquels il a su si bien s’identifier, pour laisser s’exprimer librement ses sentiments profonds. Certains se sont étonnés de le voir consacrer un récital entier au répertoire de Luis Mariano, qui lui servait d’exemple lorsqu’il n’était encore qu’un chanteur en herbe. N’y avait-il là qu’une simple opération commerciale ? C’est oublier que pour lui le devoir de mémoire s’inscrit en lettres d’or dans un code d’honneur, où les souvenirs de famille et les liens d’amitié occupent également une place essentielle. Son dernier disque dédié à la Sicile de ses ancêtres en apporte une nouvelle preuve.
Depuis qu’il occupe le devant de la scène médiatique, Roberto Alagna n’a jamais manqué de rappeler où étaient ses vraies racines. « Il y a toujours un côté nostalgique chez moi. Je crois que tout Sicilien a cela en lui et l’enfant sicilien né à l’étranger encore plus », nous déclarait-il lui-même dans un premier entretien pour RADICI (publié dans le hors-série « Au cœur des racines et des hommes »). Aujourd’hui il revient avec nous sur cette nostalgie, liée à une hérédité culturelle qui certainement a modelé son identité d’homme et de chanteur. Écoutons donc, avec autant de plaisir que de respect, la voix d’un grand ténor qui, en laissant de côté les masques du théâtre, rend l’hommage le plus filial et le plus vibrant qui soit à ceux qui l’ont précédé sous le ciel de Syracuse, à tous ceux qui avant lui avaient su y trouver la portée naturelle qui relie les entrailles de la terre aux étoiles.