» Brève histoire de la mode
Par
Par Valentina Tesi
On s’habille pour se protéger.
On se couvre par pudeur. Voilà les deux fonctions
traditionnelles du vêtement. Sur le second point,
la morale sociale et la morale religieuse ont exercé
une grande influence.
Mais voici venir la fonction la plus intéressante
peut-être de l’habillement : celle qui se
rapporte à la nature sociale du vêtement.
L’une des raisons qui rendent la mode aussi intéressante
est son aptitude à refléter les humeurs
et les mutations de la vie sociale. André Suarès
écrivait que "la mode est la meilleure des
farces, celle où personne ne rit car tous y participent".
Le vêtement a toujours été considéré
comme l’expression d’une affirmation sociale,
d’une position individuelle, comme un important
moyen de communication pour les individus et les groupes.
Comment pourrait-on mieux représenter le virage
historique des années 60 que par les jeans, les
socques de bois, les jupes à fleurs et les pèlerines
des étudiants et étudiantes révolutionnaires
? Qu’est-ce qui, mieux que les habits-chocs de Versace
ou le look excessif de Moschino, pourrait raconter l’exhibitionnisme
des années 80 ? Sans parler du minimalisme et de
la recherche de simplicité de Prada et Gucci qui,
plus que tous les autres, ont représenté
dans les années 90 un climat, ou un style, plus
réservé et moins voyant que celui des décennies
précédentes. Ce subtil révélateur
des changements collectifs de mœurs et d’humeur
a des racines lointaines : on le fait même remonter
à la préhistoire et il semble que dès
l’apparition d’un sens différent de
la religion et du goût la façon de s’habiller
s’est mise, elle aussi, à se différencier.
Certains bas-reliefs découverts en Mésopotamie
témoignent de la richesse des vêtements et
de la variété des tissus et des parures
utilisés par les Assyriens et les Babyloniens.
Les Égyptiens, maîtres en filature, en tissage
et en teinture du lin, ont été à
l’avant-garde de l’élégance.
Plus tard, les Chinois, les Crétois, les Grecs,
les Étrusques et les Romains ont réalisé
des modèles d’habillement en suivant leurs
préférences. À la fin du Moyen Âge,
les hommes se sont mis à porter un habit court
et ajusté, avec un collant et une " braguette
" colorée qui soulignait leur virilité.
Les femmes portaient une robe longue et moulante, parfois
avec une traîne. La volonté de différencier
les sexes par l’habillement commençait à
se manifester et chacun en rajoutait pour mettre en évidence
ses différences.
Jusqu’au début de la Renaissance, la mode
masculine était plus riche et recherchée
que la mode féminine, à cause du plus grand
pouvoir des hommes dans cette société. Jusqu’au
XVIIe siècle, la mode est restée un phénomène
qui ne touchait que les couches sociales les plus élevées,
l’aristocratie et la monarchie. Lorsque les bourgeois
ont pu accumuler des richesses grâce aux échanges
commerciaux et constituer ainsi une autre réalité
sociale significative, ils se sont mis, eux aussi, à
faire comme les nobles dans leur façon de s’habiller.
Par définition, l’imitateur arrive en second
et la noblesse s’est ainsi trouvée obligée
de changer son habillement en donnant naissance à
de nouvelles modes pour mieux se distinguer de la bourgeoisie.
Pendant la seconde moitié du XVIIe siècle,
sous le règne du Roi Soleil, s’est répandue,
surtout chez les hommes, la mode des dentelles précieuses
cousues sur les cols, les manches et les chaussures, et
l’habitude de mettre partout des boutons voyants,
des rubans, des franges et des pompons a gagné
du terrain.
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