» Contre la Mafia, une ethique de la radicalité
Par Umbeto Santino et Anna Puglisi
L’idée que la lutte contre la mafia
a débuté en Sicile à la suite des tragédies de 1992 -
et l’assassinat des juges Giovanni Falcone, Francesca
Morvillo et Paolo Borsellino - est une croyance très répandue.
Mais en réalité, la lutte contre la mafia est aussi vieille
que la mafia elle-même. Elle a commencé dans les années
1890 avec la première vague du mouvement ouvrier. Ces
dernières années, cet engagement, qui était au départ
un conflit social, a pris la forme d’un véritable combat.
À l’occasion de leur récente venue à Toulouse, Radici
a donné la parole à Umberto Santino et Anna Puglisi, qui
ont fondé à Palerme le centre de documentation sociale
“ Giuseppe Impastato ”
Qu’est-ce que la mafia ?
La mafia est d’abord un ensemble d’organisations criminelles auxquelles, selon les sources récentes, sont affiliées environ 6 000 personnes. La plus importante est Cosa Nostra. Mais ces organisations agissent à l’intérieur d’un système de relations qui traverse toutes les couches de la population et implique quelques centaines de milliers de personnes. Leur direction est aux mains de personnes agissant dans un cadre illégal (les capimafia) ou légal (politiciens et fonctionnaires, hommes d’affaires et professionnels tels des avocats ou des conseillers financiers) ; ces derniers forment ce que nous pouvons appeler la “ bourgeoisie mafieuse ”.
La mafia sicilienne a pour particularité d’être une forme d’accumulation et un système de pouvoir. Les caractéristiques du phénomène de la mafia sont donc le crime, l’accumulation et le pouvoir, auxquelles il faut ajouter un code culturel particulier et un certain consensus social. Depuis son origine au milieu du XIXe siècle, la mafia est un mélange de continuité (par exemple dans la recherche d’un contrôle du territoire et l’usage de la violence) et d’innovation : si la mafia s’est longtemps cantonnée à l’économie agricole de la Sicile occidentale, elle s’est peu à peu développée au-delà et exploite toutes les occasions offertes par les processus d’internationalisation (trafic de drogue et d’armes, systèmes télématiques de blanchiment de l’argent, etc.).
Lutte des classes et lutte contre la mafia
Des années 1890 jusqu’aux années 1950, c’est le mouvement paysan qui, dirigé par le Parti socialiste puis par le Parti communiste, a combattu la mafia. Les Fasci siciliens de 1892-1894 qui se battaient pour la réforme agraire et la conquête des administrations communales se sont durement opposés à la mafia, alliée des grands propriétaires terriens et de l’armée. Après la défaite des Fasci, un million de Siciliens émigrèrent, surtout vers les États-Unis. Le mouvement paysan reprit dans les années 20, avant l’arrivée du fascisme, puis à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; à chaque fois des occupations de terres se soldèrent par des dizaines de morts.
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