
Quand les privilèges de la « caste » comptent plus que la culture
Hélène Commérot
Présidente honoraire du COMAMICI - Comité des Amis de l’Institut Culturel Italien de Grenoble
En cette année 2011, alors que l’Institut Culturel Italien de Grenoble s’apprêtait à fêter dans ses locaux le cinquantième anniversaire de sa fondation, le Ministère des Affaires étrangères, qui a la haute main sur la politique culturelle italienne à l’étranger, vient de décréter que les réjouissances auraient lieu sur le trottoir ! Il a en effet décidé de rayer d’un trait de plume cet institut qui, depuis 1961, œuvrait pour la promotion de la culture italienne sous ses multiples aspects. Quasimodo, Ungaretti, Sciascia, Calvino, Ettore Scola, Il Piccolo de Milan s’y étaient succédés…
Le consulat de Grenoble et celui de Chambéry ayant été supprimés depuis quelques années, c’est dire qu’il ne restera plus de trace officielle de l’Italie dans une région qui s’enorgueillit de posséder la communauté transalpine la plus importante de France et vante un volume d’élèves apprenant la langue de Dante qui avoisine les 45 000 personnes.
De plus, c’est précisément en 2011, au moment où la ville de Grenoble et toute sa région multiplient les festivités (expositions, conférences, projections de films) destinées à célébrer le 150e anniversaire de l’Unité italienne, que l’Italie se retire sur la pointe des pieds.
À vrai dire, c’est aussi de l’Europe, dont elle ne se souvient plus avoir été l’un des six pays fondateurs, que l’Italie se désengage au profit, disent ses diplomates, de je ne sais quel projet nébuleux d’implantation dans des pays nouvellement industrialisés, comme l’Inde ou la Chine. Le mirage économique aurait-il fait perdre de vue à l’Italie que son fonds de commerce le plus évident reste la culture ? Cette culture dont elle n’a cessé, au fil des années, de rogner les crédits, chez elle comme à l’étranger.
Nous sommes tous conscients que la conjoncture actuelle impose de calculer au plus près toute espèce de dépenses, mais, plutôt que de scier la branche culturelle sur laquelle l’Italie est encore installée, que ne décide-t-elle de mettre un frein au gaspillage et au détournement d’argent public que sa presse dénonce, et dont elle n’a pas, hélas, l’exclusivité. Et que l’on ne nous raconte pas que la fermeture de l’Institut Culturel de Grenoble va renflouer les caisses du Ministère italien des Affaires étrangères, car les crédits de fonctionnement qui lui étaient alloués n’avaient rien de somptuaire. Ils garantissaient néanmoins une présence tutélaire dont tous les Français se nourrissant de culture italienne ont un besoin vital.
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