
Immigrés italien en France : l’apport de leur passé à notre présent
Frédéric Spagnoli
Maître de Conférence d’italien à l’Université de Besançon - Codirecteur de la rubrique Emigrazione dans RADICI
C’est un numéro de RADICI avec une rubrique Emigrazione plus conséquente qu’à l’accoutumée que j’ai le plaisir de vous présenter. Vous y trouverez en effet deux articles, ou plutôt deux témoignages sur l’immigration italienne en France. L’un écrit par Giovanni Giustetto, émigré dans le Tarn avec sa famille à la fin des années 1940, aujourd’hui rentré en Italie. L’autre par deux lycéennes de la section Européenne d’italien du lycée Pierre Bourdieu de Fronton (Haute-Garonne), Esther Arenas et Johanna Gatti, toutes deux descendantes d’émigrés italiens. Ce sont ici deux générations différentes de « Ritals » qui nous narrent leur histoire familiale. À première vue, on peut se demander pourquoi les avoir regroupés dans un même numéro, d’autant plus que ces personnes sont originaires de régions assez éloignées l’une de l’autre. Giovanni est originaire du Piémont, la famille de Johanna vient de Vénétie et celle d’Esther des Abruzzes. Toutefois, ces deux textes ont en commun le fait d’être le fruit de nombreuses recherches personnelles et d’un important travail de mémoire. Derrière leurs histoires familiales, c’est en fait l’histoire des centaines de milliers d’Italiens arrivés en France qui nous est contée. Il n’est jamais inutile de rappeler les difficultés qu’ont traversées les migrants italiens avant de pouvoir faire de la France leur pays d’accueil et ces témoignages venus du passé me semblent profondément actuels. Giovanni lance un appel à la tolérance envers les immigrés qui vivent aujourd’hui en Italie, devenue à son tour un pays d’accueil, un appel qui résonne comme une réponse à un certain malaise qui s’est installé vis-à-vis des immigrés dans la Péninsule. La contribution d’Esther et de Johanna découle quant à elle d’un projet mené par les élèves du lycée de Fronton avec ceux du lycée Girolamo Fracastoro de Vérone sur le thème de la migration. Pour les enseignants, il s’agissait de faire travailler ensemble des adolescents de deux pays européens, de les faire mieux se connaître et de contribuer ainsi à la construction d’une identité européenne. Dans le ciel obscurci d’une Europe en pleine crise financière et monétaire, n’est-ce pas là un petit arc-en-ciel ? Ces deux articles constituent une véritable invitation à la réflexion que j’aimerais partager avec vous.
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