Un voyage universel: Italiens, quand les immigrés c’était nous

À travers une vingtaine de chansons traditionnelles issues de l’art populaire et un spectacle d’une heure et demie, la troupe toulousaine InCanto (« dans le chant » ou « enchantement »), raconte l’épopée de ces hommes et femmes partis d’Italie chercher une vie meilleure. Au départ en tournée dans le Sud-Ouest, InCanto va désormais sillonner la France entière et effectuera même un périple transalpin en 2013. Quel joli pied de nez à l’Histoire que celle de ces émigrés de retour dans leur pays pour lui faire découvrir son passé.

La salle Georges Brassens d’Aucamville (Haute-Garonne) se remplit peu à peu, très lentement, comme un cérémonial inconscient. Ce soir (comme à chaque fois), on affiche complet, soit plus de 450 personnes. On y parle italien, bien entendu, mais surtout français. « Je ne suis ni italienne, ni enfant d’immigrés, mais j’ai vécu les récits, les photos et les chants avec de formidables sentiments de tristesse, de joie, de recueillement même » explique Victoire. « Ce groupe vous plonge dans la nostalgie, même si, comme moi, on ne comprend pas les paroles des chants » témoigne Denise.
Nostalgie mais aussi curiosité dans l’assistance, curiosité, dans le bon sens du terme, j’entends. Ils sont là, beaucoup d’anciens mais aussi des plus jeunes, à vouloir retrouver ce que les livres d’histoire leur ont si longtemps caché : comment 27 millions d’individus ont quitté leur pays, leur terre natale, dans un arrachement parfois insoutenable, pour chercher une existence meilleure ailleurs ou, plus prosaïquement pour faire manger leur famille. Il y a ceux que l’eldorado américain a fait rêver. Mais pour cela, comme le dit la chanson, il fallait endurer « 30 giorni di nave a vapore » (30 jours de bateau à vapeur), la plupart du temps entassés, dormant à même le sol, avec parfois la mort au bout du voyage. Ce fut le cas des naufragés du Sirio qui quitta Gênes en 1906 pour s’échouer près des côtes espagnoles. Si vous regardez bien, au cours de ce chant, au beau milieu du chœur, un homme vêtu d’une soutane noire fait un geste de bénédiction en direction du groupe qui chante les derniers moments de vie de ces émigrés en train de se noyer. Il s’agit de Lino Lincetto, 80 ans, prêtre ouvrier originaire de Vénétie. « On m’a demandé de faire ce geste pour apporter un soutien divin à ces naufragés ».

Patrick Noviello

Bottone Radici

Dans le même numéro

close
Facebook IconTwitter IconGoogle PlusGoogle Plus
close
Facebook IconTwitter IconGoogle PlusGoogle Plus