130 ans avec Pinocchio

Il y a 130 ans, un pantin fort célèbre naissait de la plume de l’écrivain toscan Carlo Collodi : Pinocchio. La storia di un burattino (L’histoire d’une marionnette) – titre original – a été publiée pour la première fois en 1881 dans le Giornale per bambini, et le début est devenu quasiment légendaire : «Il y avait une fois… ‘Un roi !’» diront tout de suite mes petits lecteurs. « Non, mes enfants, vous vous êtes trompés. Il y avait une fois un morceau de bois… »

C’était le 7 juillet : ce jour-là naissait le roman qui allait être un des livres italiens les plus traduits au monde, avec 240 éditions internationales d’après une estimation de l’Unesco effectuée vers 1990.
À la fois succès jamais démenti et pierre miliaire, pas seulement destiné aux enfants et aux jeunes adolescents, même si les mensonges dits par nous les adultes ne nous font pas allonger le nez. Mais aujourd’hui, après tant de temps, quelles vérités nous révèlent donc les mensonges de Pinocchio ?
En Italie, où le mensonge est devenu système, il serait plutôt facile de faire de Pinocchio l’icône du menteur. Mais, bien que cela puisse sembler absurde, il me semble que ce jugement sur le pantin le plus aimé de l’histoire est injuste et calomnieux. Toute la faute revient à Collodi, me direz-vous, lequel, avec son idée de lui allonger le nez, en a fait un cliché. Pourtant, en regardant bien, on se rend compte que le pantin ne dit que deux mensonges dans tout le livre. Et les mensonges de Pinocchio ont tous une finalité louable. Le malheureux ment pour que la fée ne se fasse pas de soucis. Rien à voir, par exemple, avec les mille mensonges teintés de vérité des pantins de notre scène politique. Face à eux, Pinocchio est un grand exemple de moralité.
Tout cela me rappelle la caricature de la mauvaise justice faite par Collodi. Un portrait merveilleux de l’Italie. Qui est imbécile finit en prison. Vous vous souvenez ? Pinocchio se présente au juge et dit : « Ils m’ont volé mes pièces d’or. » Le juge l’écoute puis ordonne : « Jetez-le en prison. » Et quand, dans le village d’Attrape-Nigauds, une amnistie permet la libération des brigands, Pinocchio, lui, ne peut pas sortir de prison parce qu’il est innocent… Pour être à nouveau libre, ou pour occuper un poste de prestige, il doit déclarer qu’il est un brigand. Pour ne pas parler de la collusion entre gardiens et voleurs. Rappelez-vous du chien Mélampe qui se met d’accord avec les fouines et fait semblant de dormir quand ces dernières volent les poules. Cela ne vous fait-il pas penser à quelqu’un ?

Rocco Femia

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