Annency : cinéma par temps de crise

Dans des styles variés, nombre de récentes productions italiennes sont en prise directe avec les réalités actuelles. Sans oublier d’être des films. Un signe de la bonne santé du cinéma de la Péninsule.

Alors que le Festival d’Annecy ferme ses portes et se prépare à fêter sa 30e édition, le moment semble venu de dégager une manière de bilan, non seulement d’une année de production italienne, mais aussi des préoccupations qui agitent la nouvelle génération. L’intérêt du public français pour les films italiens ne se dément pas, comme le prouve l’augmentation spectaculaire du nombre de titres distribués dans l’Hexagone, qui est passé de 5, en 2009, à 18 en 2010, puis à 19 en 2011.
Signe des temps, les sujets de société dominaient aussi bien la sélection que les autres sections. Ces choix témoignent d’une volonté manifeste, chez la plupart des cinéastes, de prendre parti et d’agir avec les moyens dont ils disposent, en proposant une réflexion sur la crise économique, institutionnelle et morale que traverse le pays. Ainsi, deux films abordaient la question brûlante des sans-papiers en dramatisant des trajectoires individuelles. Dans Sette opere di misericordia, Gianluca et Massimiliano De Serio choisissent un angle spirituel plutôt inattendu, soutenu par un réalisme cru influencé par l’esthétique du documentaire, pour parler du sort des clandestins roumains. Ce même sujet, décliné dans sa version africaine et sicilienne, sous-tend également le nouveau film d’Emanuele Crialese, Terraferma. Située sur l’île de Linosa, à quelques kilomètres de Lampedusa, cette fiction évoque la rencontre entre la population locale et les réfugiés d’Afrique de l’Est, échouant sur le rivage à bord d’embarcations de fortune. Crialese, pourtant très à l’aise lorsqu’il s’agit d’explorer l’univers maritime et l’insularité, ainsi qu’il l’a prouvé dans ses précédents films, l’est en revanche nettement moins avec ce scénario, assez démonstratif, qui fait basculer son histoire du côté du film à thèse, en répartissant les rôles selon une typologie trop mécanique pour convaincre réellement. D’autres cinéastes ont choisi de se confronter, avec des bonheurs divers, aux multiples formes de corruption qui gangrènent le pays. À commencer par la délinquance financière. Ainsi, dans Il Gioellino, Andrea Molaioli tente d’analyser les circonstances de la faillite spectaculaire de l’entreprise Parmalat, rebaptisée pour l’occasion la Leda. Le sujet, qui oscille entre économie et politique, est évidemment passionnant, mais difficile à traiter lorsqu’on n’a ni le talent, ni l’audace d’un Rosi ou d’un Pietri. À vouloir préserver un style très lisse et un traitement romanesque qui ménage le capital de séduction des personnages, Malaioli livre une œuvre trop conventionnelle, plus proche du robinet d’eau tiède que de la douche froide.

Pascal Binétruy

Bottone Radici

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