Attento Professore

Alors que sort ce numéro, l’Italie est au cœur d’une crise de gouvernement sans précédent et aux prises avec une manœuvre financière de 30 milliards d’euros à faire frémir, surtout les Italiens pauvres qui ont déjà raclé le fond de leurs tirelires. Certes, la nomination de Mario Monti comme nouveau Président du Conseil italien est un événement qui nous ramène à un peu plus de normalité. Il y a déjà de quoi être contents. Mais les difficultés dans lesquelles l’Italie est plongée sont loin d’être terminées et quelques réflexions s’imposent sur notre pays mais aussi sur le rôle de l’Union européenne.
Quand un incendie ravage une maison ou un quartier, c’est connu : il faut agir rapidement, appeler les pompiers et les laisser œuvrer avec leurs moyens. Or, pendant cette crise, l’Europe, au lieu d’appeler les pompiers sans attendre, a organisé bon nombre de réunions de copropriété et de quartier avant d’intervenir. Quand les institutions européennes ont compris que l’incendie était sérieux, qu’il ne s’éteindrait pas tout seul et que les pompiers étaient vraiment nécessaires, elles sont découvert que les pompiers n’existaient pas, ou du moins qu’ils étaient dépourvus de pompes, de lances à incendie et de camions, et qu’à leur place, il n’y avait que des employés de bureau et des centres d’appels téléphoniques.
Il est indéniable que l’Italie, et pas seulement l’Italie, subit des attaques spéculatives fortes, tenaces et continues de la part d’opérateurs-chasseurs qui traquent un animal en difficulté et tentent d’en profiter pour le mettre en pièces si possible. La chute du gouvernement Berlusconi a mis en évidence l’incertitude et l’immobilisme d’une classe politique devenue depuis trop longtemps une « caste » de privilégiés. Et ce n’est pas un hasard si la politique a dû céder le pas aux techniciens de l’économie. Triste sort pour un pays détenteur du troisième PIB de la zone euro et cofondateur de l’idée et des institutions européennes. En dehors d’un retour aux élections anticipées, Mario Monti représente ce que l’Italie pouvait fournir de mieux dans cette situation de graves difficultés. Mais il est tout aussi vrai que nous ne sortirons pas de cette crise sans une réforme de l’Europe et de ses institutions.
Si, dans des moments comme celui que vit l’Italie aujourd’hui, il y avait une Banque centrale européenne qui exerçait les fonctions de n’importe quelle Banque centrale, ces attaques spéculatives n’auraient même pas pu commencer, étant donné la force de l’économie réelle européenne. Cette absence confirme la thèse d’une Europe sans force politique, et l’Italie est en train d’en devenir un maillon faible, donc plus facilement attaquable. En Italie se joue une partie plus grande que nous, et qui ne pourra être gagnée sans une nouvelle politique européenne et une nouvelle Europe. L’issue dramatique n’est pas inéluctable à condition que l’Europe ouvre, tout de suite, et avec décision, une phase constituante pour la révision des Traités qui aboutisse à une unité politique nouvelle et différente, à une politique monétaire et fiscale commune, un nouveau Manifeste de Ventotene (voir article de Thomas Nispola, page 30 de ce numéro).

Rocco Femia

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