Bolides émiliens

De l’usine dans les Apennins aux 360 km/h d’Indianapolis, Gian Paolo Dallara, originaire du village de Varano en Émilie Romagne, où il a fondé son entreprise, a conquis le monde de la course automobile. Et pas question de délocaliser. Un équilibre savant entre cadre de vie, dynamisme et excellence de la jeunesse, et compétition internationale.

Foncer à 360 km/h dans un bolide d’Indianapolis tout en étant enfermé dans une pièce. C’est une expérience à vivre, un « jouet » de sept millions d’euros. Gian Paolo Dallara montre le simulateur de conduite qu’il vient d’acheter : une énorme araignée métallique qui se tord, danse et donne le mal de mer rien qu’à la regarder. Les meilleurs pilotes viennent ici, à Varano de’ Melegari, l’essayer : ils se calent dans l’habitacle et c’est comme s’ils couraient sur les plus célèbres circuits. Face à eux, un énorme écran sur lequel est projeté le moindre détail, même les ondulations de l’asphalte. Et sans risquer leur peau, sans consommer une seule goutte d’essence, ils mettent au point les voitures. Pour comprendre le Made in Italy qui, malgré tout, résiste aux assauts des industries asiatiques, il faut venir dans cette petite ville à trente kilomètre de Parme. Il faut visiter la Dallara, entreprise comptant 200 employés où naissent les bolides qui gagnent sur tous les circuits du monde.
Gian Paolo Dallara vous révèle immédiatement le premier secret : ce ne serait pas le simulateur qui fait envie aux colosses de l’automobile, mais plutôt les personnes. « Notre véritable trésor », sourit Dallara, « ce sont eux », et il désigne dix jeunes – ingénieurs aux cheveux ébouriffés portant des jeans taille basse troués – qui passent leur journée à transformer en chiffres chaque détail de la voiture et de son comportement. Jusqu’aux réactions et aux sensations du pilote.
Il faut du génie pour cela. Il faut être au cœur de l’Émilie des moteurs. En refermant la porte du hangar qui abrite le simulateur, vous êtes à la campagne. Il n’y a aucun contraste : rangées de peupliers, bourgs en pierre claire des Apennins, parfum de terre tiédie par le printemps et vrombissement de voiture. Voilà le deuxième secret : « Je suis né ici, en 1936 », dit M. Dallara. Il raconte : « Je suis de Varano, c’est ici que j’ai décidé de construire mon entreprise. Je ne la déplacerai jamais, il est juste de rendre à notre terre les cadeaux qu’elle nous a faits. C’est ainsi qu’à Varano vivent soixante ingénieurs italiens et étrangers : un milieu international très stimulant ».
Dallara a résisté au chant des sirènes asiatiques : « En Émilie, on construit des voitures de course depuis cinquante ans. Nous ne devons pas faire d’économies sur la main-d’œuvre, nous devons trouver les personnes les mieux qualifiées et faire des voitures qui gagnent ».

Ferruccio Sansa

Bottone Radici

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