Du côté du roi
ou du côté du pape ?

Guelfi e ghibellini

À partir du XIIIe siècle, les Italiens se divisèrent en deux factions : les guelfes et les gibelins, qui se menèrent une guerre sans merci. Mais derrière ces nouveaux noms se cachaient de vieilles rivalités et d’anciens campanilismes.

Sans doute sa Comédie était-elle « divine », mais dans ses chants, Dante savait se montrer très terre à terre quand il le voulait, allant jusqu’à qualifier l’Italie de « bordel ». Mais, il faut l’admettre, il n’avait pas tous les torts : à son époque, la situation politique de la Péninsule était plutôt enflammée. Un peu comme aujourd’hui : factions aguerries, affrontements, alliances, larges ententes, au demeurant fluctuantes. À la différence près qu’entre la seconde moitié du XIIIe et la fin du XIVe siècle, « les maudites factions » [Giovanni Villani – 1276-1348 ; chroniqueur florentin, ami de Dante et commentateur de son œuvre. Trad. André Pézard, in : Dante sous la pluie de feu (Enfer, chant XV), Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1950, ndr] ne se cachaient pas derrière des sigles compliqués : l’ensemble des adversaires pouvaient en général être classés comme guelfes ou gibelins.

D’origine allemande. Dante expliquait souvent que les guelfes, auxquels il était rattaché, s’opposaient à la présence en Italie du Saint-Empire romain germanique en appuyant le pape, alors que les gibelins soutenaient l’empereur à des fins politiques. Mais comment s’étaient formées ces coalitions et pourquoi s’affrontaient-elles avec autant d’acharnement ? Aussi étrange que cela puisse paraître, il ne s’agissait pas d’une invention italienne. Les deux factions trouvaient leurs origines dans l’Allemagne du XIIe siècle, période des luttes pour la succession au trône du Saint-Empire romain.

La faute d’un mariage. D’un côté, il y avait les membres de la maison de Hohenstaufen de Souabe, dits « gibelins », du nom du château de Waiblingen ; de l’autre, les Welfen de Bavière, appuyés par le pape et surnommés « guelfes », du nom du fondateur de la lignée, Welf Ier. « D’après ce que l’on sait, les noms “guelfes” et “gibelins” se matérialisèrent à Florence à partir de 1246 : un document mentionne en effet un parti guelfe déjà structuré, avec ses propres dirigeants », écrit Sergio Raveggi, professeur d’histoire médiévale à l’université de Sienne, dans son essai L’Italia dei guelfi e dei ghibellini (Mondadori).

Maria Leonarda Leone

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