De vrais besoins et de bien mauvais exemples

Une seule des Maserati quatre portes achetées par le ministère de la Défense de l’ancien gouvernement Berlusconi, coûte, et l’on parle ici du modèle de base, 22 361 euros, soit plus que la totalité de la somme affectée à l’Accademia della Crusca qui, depuis 1583, défend la langue italienne. Blindés, ces véhicules coûtent autant que l’allocation annuelle de la Società Dante Alighieri, laquelle tente d’endiguer le déclin de l’image de l’Italie dans le monde entier en faisant vivre les 423 comités présents dans de nombreux pays et fréquentés par 220 000 étudiants qui suivent chaque jour 3 300 cours d’italien. Ces chiffres devraient suffire pour faire comprendre à une classe dirigeante sérieuse, « capable d’écouter » les citoyens, que l’achat de cette flotte de véhicules de fonction de luxe ne peut être justifié d’un simple haussement des épaules. Certains gestes passent mal, surtout en ce moment. Explication : la nouvelle a vu le jour maintenant, mais le contrat date de 2009-2010. Soit avant que l’ex Ministre de l’Economie Giulio Tremonti décide que « la cylindrée des voitures de fonction ne devait pas dépasser 1 600 chevaux. Font exception les voitures utilisées par le chef de l’État, les présidents du Sénat et de la Chambre des Députés, du président du Conseil des ministres… »
Soit… Mais la crise sévissait déjà, le PNB par habitant avait déjà chuté, la dette publique avait déjà bondi en atteignant des records et l’Ansa (agence italienne de presse, ndr) avait diffusé ces nouvelles : « Photographie de la chute des marchés en 2008 : la bourse de Milan vaut deux fois moins qu’il y a un an et à peine un quart (23,4 %) du PNB, alors qu’elle en valait encore 47,8 % fin 2007… » Bref, nous étions déjà immergés dans ce que le Président de la République italienne, Giorgio Napolitano, définit comme « un présent angoissant ».

Gian Antonio Stella

Bottone Radici

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