Immigré ou diplômé ?

Le regard s’était posé machinalement sur la publicité de la troisième de couverture d’un hebdomadaire qui, sur toute la page, affichait le portrait d’un jeune homme à la peau foncée et, à côté, une question: et toi, que vois-tu? Deux réponses possibles avec une case à cocher : « jeune immigré ou jeune diplômé. »
Au bas de la page, un commentaire : « Nous voyons ce qu’ils sont : de jeunes Africains que nous formerons pour qu’ils deviennent des opérateurs sanitaires capables de sauver des vies humaines, d’enseigner la prévention et de former d’autres personnes aux métiers de la santé. Des personnes qui amélioreront les conditions de vie de communautés entières en favorisant le développement par le biais de la santé. Sans être obligés de quitter leur propre terre. » Signé Amref [1re ONG africaine de santé publique, ndr].
Enfin une publicité éducative et intelligente, pour nous enseigner à nous, peuple blanc, que si l’un de nos semblables a la peau d’une couleur différente, il n’en demeure pas moins un homme, avec les mêmes droits que les nôtres.
Question stimulante : « Et toi, que vois-tu ? Un jeune immigré, un jeune diplômé ». Oui, c’est un immigré. Mais cet homme est diplômé et c’est, avant tout, une personne. La nouvelle fait beaucoup d’effet dans les journaux, car c’est une publicité à but éducatif qui pourrait aussi devenir une loi. Le Président de la République italienne, Giorgio Napolitano, affirme : « J’espère qu’au Parlement, la question de la nationalité des enfants nés en Italie de parents immigrés étrangers pourra également être abordée. Refuser de le faire est pure folie, absurde. Les enfants ont naturellement cette aspiration. »
Le problème est loin d’être nouveau, et le Président, qui est un homme entier, ne supporte plus qu’en 2011, la loi italienne ne prévoie pas le ius soli [le droit du sol, ndr] pour l’attribution de la nationalité mais qu’une demande de naturalisation puisse être faite seulement à l’âge de 18 ans. Conséquence : il y a des centaines de milliers de jeunes « Italiens coupés en deux. »
Giorgio Napolitano demande donc au Parlement italien d’approuver cette loi sur les enfants immigrés, en les faisant sortir de cet état de citoyens d’une terre de personne, sans droits ou avec des droits à moitié, alors qu’ils vivent coude à coude avec nos enfants, qu’ils fréquentent les mêmes écoles, les mêmes terrains de jeu : les Italiens sans patrie sont 850 000. Le droit à la nationalité serait un signe concret d’intégration et un grand saut de qualité, de culture, de civilisation.

Silvano Gianti, Rédacteur de la revue italienne Città Nuova

Dans le même numéro