Italie belle et impossible

« L’Italie ne gravite pas autour de Silvio Berlusconi ». Elle est beaucoup plus que cela. Retour, aux côtés d’Éric Valmir, correspondant à Rome pour Radio France entre 2006 et 2011, sur les origines de son livre Italie belle et impossible, paru chez nos éditions ÉDITALIE en juin 2011.

Comment avez-vous ressenti le besoin d’écrire ce livre ?
Dans le travail d’un correspondant à l’étranger, les rencontres et la masse d’informations engrangées sont très peu utilisées à l’antenne. Les reportages sont courts et souvent l’on s’arrête à la vitrine. Pour reprendre une métaphore de presse écrite, on fait le titre et le chapeau, jamais l’article. Or, il apparaissait ces derniers mois qu’un besoin de décryptage était nécessaire pour comprendre les mécanismes de la deuxième République. La représentation médiatique reste souvent bloquée au Bunga-Bunga. Ensuite, il y a aussi une histoire de rencontre. Un livre naît souvent d’un feeling avec une équipe. Une relation humaine forte. J’ai aimé l’idée de travailler avec Éditalie qui fait ses premiers pas dans l’édition. Et qui d’emblée démontre une qualité et un sérieux. Il suffit de voir l’objet en lui-même. Sans parler du contenu, c’est un beau livre.

Dans le livre, il n’est pas beaucoup question de Silvio Berlusconi…
Il en est question lorsque c’est nécessaire, mais l’Italie ne gravite pas autour de Silvio Berlusconi. On en parle assez comme ça dans les journaux. C’est en quelque sorte une victoire pour lui d’avoir réussi à axer tout le débat politique autour de sa personne, les positions semblant devoir se résumer à « pro » et « anti » Berlusconi. Mais la situation est forcément plus complexe.

Vous accordez une large place au tremblement de terre survenu à L’Aquila en 2009…
J’y suis retourné plusieurs fois après la catastrophe, pour suivre l’évolution de la situation, et des liens se sont noués avec certains habitants. Mais ce n’est pas tant l’événement en lui-même que ce qu’il symbolise qui m’intéressait, c’est-à-dire l’incroyable fossé existant entre la population et les autorités. Des annonces officielles restées lettre morte, et pas seulement au niveau du relogement des sinistrés. Ce qui s’est passé à L’Aquila après le séisme est emblématique du pouvoir exorbitant donné à la Protection civile et de la façon opaque dont sont gérés les marchés publics. Des appels d’offres avaient été annoncés, qui devaient laisser une place aux entreprises locales. Au final, tout s’est réglé sans que la population en sache rien.

Collusions… Corruption… Où en est-on aujourd’hui de ces phénomènes ?

Un rapport de la Cour des comptes révèle que la corruption est encore plus élevée aujourd’hui qu’au début des années 90, avant l’opération Mains Propres… Il ne s’agit pas là que d’une question morale. La corruption pénalise lourdement l’économie italienne. Pire encore, elle met en danger la santé du pays : son environnement, bien sûr, mais aussi la vie même de ses habitants. Le problème jamais résolu du traitement des déchets ou celui des constructions abusives créent des conditions de vie désastreuses pour un nombre important de personnes. Des gens meurent à cause de ces situations.

Interview avec Éric Valmir
Propos recueillis par Thomas Nispola

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