La diversité au service de l’ Unité

En cette année du 150e anniversaire de l’Unité de l’Italie, la rédaction de RADICI a voulu – et l’historien que je suis ne peut que s’en réjouir – donner une place importante à l’événement. Outre des articles historiques, plusieurs grands spécialistes de l’Italie contemporaine tels Catherine Brice, Gilles Pécout, Jean-Yves Frétigné, Éric Vial, ont accepté d’apporter leurs analyses sur diverses problématiques posées par l’Unité. Le présent numéro publie le point de vue de Marc Lazar, professeur à l’Institut de Sciences politiques de Paris et éminent spécialiste du système politique italien. Le numéro de décembre 2011 fera un bilan des commémorations de son Unité que l’Italie a faites depuis le cinquantenaire de 1911.
Si pour certains, à l’heure d’une mondialisation accélérée, les commémorations nationales n’ont guère plus de sens, je reste persuadé du contraire. Il me semble que chaque peuple doit conserver des moments de regards vers son passé dans lesquels, si la communion populaire est nécessaire, la réflexion historique lucide n’est pas absente. Par exemple, à deux années de distance, en 1987 et 1989, le président François Mitterrand a tenu à ce que la France célèbre à la fois le millénaire capétien tout comme le bicentenaire de la Révolution française, ce dernier donnant lieu à de multiples débats et publications. Paraphrasant le grand médiéviste Marc Bloch expliquant qu’on ne comprend rien à l’histoire de la France si l’on n’est pas ému à l’évocation des sacres royaux de Reims et de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, je crois sincèrement qu’on ne peut saisir la richesse de l’histoire italienne que si l’on est sensible à la fois à l’extraordinaire dynamisme de l’autonomie des cités italiennes médiévales comme au grand mouvement que représenta le Risorgimento. De plus, que les Italiens n’oublient jamais la belle formule de Francesco De Sanctis : « C’est la culture qui créa l’unité italienne. » Celle-ci entraîna-t-elle des erreurs ? Les articles publiés par RADICI ne les évincent pas. Mais combattre aujourd’hui le principe unitaire est un combat souvent égoïste que l’Italie de 2011, en proie à certains doutes, ne peut se permettre.

Philippe Foro

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