La mia Pavia

C’est avec émotion que je consacre mon premier éditorial pour RADICI à une ville qui m’est particulièrement chère, Pavie. Née d’un père italien qui en est originaire et d’une mère franco-belge, mon identité est en effet multiple, comme le sont les lieux qui me définissent. Pavie est, bien entendu, l’un d’eux, et non des moindres. J’ai appris à la découvrir au cours des nombreuses vacances passées là-bas, au sein de ma famille. Splendide petite ville universitaire entourée des rizières qui sont l’apanage de l’immense plaine du Pô, Pavie, traversée par le Ticino, possède le charme singulier des villes fluviales. Capitale du royaume des Lombards, théâtre, quelques siècles plus tard, de la capture de François Ier par Charles Quint en 1525, la ville est riche d’une histoire millénaire et pourtant souvent méconnue. Les nombreuses tours de briques dont elle est encore aujourd’hui parsemée, ainsi que certains des plus grands vestiges de l’art roman, tels que les basiliques San Michele ou San Pietro in Ciel d’Oro, qui abrite le tombeau de Saint Augustin, témoignent de son passé étincelant.
Mais plus encore que ces données objectives dont l’historienne que je suis devenue prend plaisir à se faire l’écho, Pavie est, pour moi, fille de Pavesan, avant tout une atmosphère : c’est le charme des ruelles pavées, en adéquation parfaite avec le climat de la région, devenant labyrinthe dans le brouillard dense de l’hiver qui la rend si énigmatique et presque inquiétante, vous transportant dans un autre temps, ou servant de refuge à la chaleur humide et écrasante de l’été. Et Pavie n’est pas une ville prisonnière de son passé, loin de là ! Son université, parmi les plus anciennes d’Europe, jouit encore aujourd’hui d’une réputation telle que la ville est principalement peuplée d’étudiants. Les souvenirs d’adolescence sont ainsi bien loin des séjours ennuyeux chez les grands-parents ! Pavie possède en effet cette ambiance typique des villes traditionnellement estudiantines, dans lesquelles la modernité, voire l’avant-garde, s’accommode parfaitement d’un patrimoine historique vieux de plusieurs siècles.
Régulièrement, presque trop ai-je sans doute pensé un moment, les excursions, à quelques kilomètres de la ville, y ont rythmé mes séjours : “le gite alla Certosa”, dont fait l’objet l’Itinéraire de ce numéro. Havre de paix se dressant dans la plaine, la Chartreuse est un endroit que l’on visite sans fin. Quelques instants de fraîcheur dans ces étés brûlants et, surtout, le regard mélancolique et bienveillant des deux moines posés sur moi. Souvenirs précis et confus, réels ou transmis, Pavie est pour moi un lien indéfectible avec mes origines.

Donata Villani, historienne, secrétaire de rédaction à RADICI

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