La ruse, vertu nationale

Il y a quelque chose de révoltant et d’inquiétant dans notre Italie, où la ruse est désormais une vertu nationale. La « bande » des magouilleurs déjà condamnés, des affairistes en tout genre, des dirigeants publics, des hommes politiques – de nombreuses pages de journaux italiens sont consacrées aux écoutes téléphoniques récemment rendues publiques – indigne ceux qui essayent de vivre de leur propre travail, qui payent leurs impôts jusqu’au dernier centime, se démènent chaque jour entre factures, enfants à élever, circulation chaotique, ramassage aléatoire des ordures. Et il est scandaleux que, face à cette « faune » de la politique qui gère les affaires, les nominations, et conditionne le pays, on invoque toujours comme seul remède de bâillonner magistrats et journaux. Comme si celui qui essaie d’appliquer la loi était la ruine du pays, et non pas ceux qui s’en moquent depuis si longtemps.
Cela montre la faiblesse d’une politique immobiliste retranchée dans son palais pour défendre ses privilèges et ses intérêts. Incapable de se confronter sereinement et franchement aux différents maux du pays.
Au-delà des hypothèses de délit – et c’est à la justice que revient la tâche de vérifier et de condamner – au vu de l’ensemble des écoutes téléphoniques de ces dernières semaines, on découvre la photographie d’un pays « malade », qui s’enfonce toujours plus dans les eaux marécageuses des affaires et des échanges de faveurs peu transparents.
D’un pays qui utilise la « boue » des chantages comme arme de pression pour des objectifs politiques qui n’ont rien à voir avec le « bien commun », celui des citoyens, pour être clair. Et quand des journaux décident de mesurer la température d’un pays qui ne va pas bien et le font savoir à tout le monde, certains pensent soigner la maladie en jetant le thermomètre à la poubelle, pour continuer à faire semblant que tout va bien.
Pourtant, nul besoin de boule de cristal pour comprendre que les citoyens ont le droit de connaître l’état de santé de notre système public. Qu’il est juste qu’ils sachent comment est dépensé l’argent des impôts, toujours plus élevés. Qu’il est absurde de donner 500 millions d’euros pour rembourser des frais électoraux à des « partis fantômes » qui ne sont même plus au Parlement. Ou d’attribuer des pensions et des avantages annexes après la cessation de charges publiques. Qu’il est scandaleux de voir les avions de l’État mis à la disposition des « amis, soubrettes et ménestrels », pour partir en week-end ou pour aller voir un match de foot.
Les coûts de la politique (nous en avons déjà parlé dans le numéro précédant de RADICI), sont désormais hors de contrôle en Italie, une « machine devenue folle » qu’il faut arrêter. Et les bonnes intentions ne suffisent plus, ni les annonces ronflantes du ministre de l’Économie Giulio Tremonti qui dit avoir en tête un projet pour « ramener sur terre » les dépenses de la politique. Qu’il le fasse tout de suite alors. C’est ce que les citoyens attendent. Tout de suite, pas dans la prochaine législature comme il l’a annoncé. Il est facile de dire aux citoyens de payer les factures à la fin du mois, et de renvoyer à un avenir indéterminé le moment de faire faire des économies à la caste politique. La caste doit réaliser des coupes immédiatement, sinon ce sera la prochaine farce de cette politique avide et malade. Cette politique, les citoyens en ont désormais ras-le-bol, et ils ne veulent plus continuer à la subir.
Les hommes politiques qui s’indignent de l’argent dépensé pour les écoutes téléphoniques (parce qu’ils préfèrent ne pas être écoutés quand ils font leurs petites affaires louches), seraient plus crédibles s’ils commençaient à réduire leurs dépenses, celles, oui, « improductives » et disproportionnées. La priorité dans un pays n’est pas de museler la presse, mais de combattre la pauvreté.

Rocco Femia

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