Le Cinéma italien

Dans ce numéro, la revue RADICI a voulu consacrer un reportage au cinéma italien et mettre en exergue un ouvrage qui vient de paraître en France sous la plume de mon ami Jean Gili. Est-il un essayiste ? Un critique ? Un écrivain ? Un animateur culturel ? Ou bien un professeur ? Un chercheur spécialiste du cinéma ? Jean Gili est certainement tout cela, comme le démontrent ses multiples activités professionnelles.
Au cours de presque quarante ans d’amitié, j’ai eu de nombreuses occasions de l’observer pendant qu’il commentait un film ou qu’il présentait un cinéaste. Je ne suis pas particulièrement avide d’interviews ou d’exhibitions publiques (je considère même que ce sont les obligations les plus pesantes de mon métier, avec les risques de répétitivité qu’elles comportent), mais avec lui c’est différent : quand il pose les questions, il fait naître en même temps les réponses, tant et si bien qu’il pourrait même – accoucheur « délicat » de la pensée – tout faire tout seul.
Parmi les spécialistes étrangers du cinéma italien, Jean Gili est sûrement parmi les plus pointus, les mieux informés et les moins ennuyeux. Dans son histoire, Le Cinéma italien – de l’époque du muet au cinéma du régime fasciste, du néoréalisme à la comédie à l’italienne, des années de crise aux signes récents de renouveau –, il étudie ces parcours comme des épisodes fondamentaux de la culture italienne étroitement liés aux expériences de l’histoire du pays. Et c’est justement dans cette caractéristique – plus évidente dans la cinématographie italienne que dans d’autres – qu’il cerne les raisons de la naissance, de l’affirmation, de la décadence et de la renaissance – je l’espère – du cinéma italien. Dans cet ouvrage, on suit la construction de l’industrie cinématographique à Turin et à Rome au cours des années 1910, on découvre les films historiques et les premières « divas ». Après la crise – déjà ! – des années 1920, on suit la mise en œuvre d’une politique de contrôle des esprits pendant les années du fascisme, politique à laquelle s’opposent souterrainement de jeunes artistes et intellectuels qui, à partir de 1945, donneront un immense rayonnement international au cinéma italien avec le mouvement néoréaliste. Grâce à une magnifique floraison de talents qui opèrent dans tous les domaines et tous les genres, le cinéma italien connaît aux cours des années soixante et soixante-dix un épanouissement qui en répand l’image dans le monde et qui en assure encore aujourd’hui la mémoire patrimoniale. Quant à la suite, peut-être moins heureuse pendant deux décennies, elle s’affiche aujourd’hui avec des couleurs renouvelées.
Lire Le Cinéma italien et se fier au regard critique de Jean Gili, c’est une manière de connaître le cinéma italien, c’est aussi la possibilité d’en savoir davantage sur le cinéma en général et peut-être de recevoir quelques informations en plus sur nous-mêmes et sur le sens de nos comportements – ce qui ne gâte rien.

Ettore Scola, réalisateur

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