Palermo, un paesaggio come luogo di memoria

RADICI a choisi, pour cet itinéraire dans la capitale sicilienne, de donner la parole à un étudiant français qui y a passé un an, grâce au programme d’échange européen Erasmus. Au travers d’un parcours buissonnier, Alexandre Jouhanneau nous fait ainsi découvrir sa Palerme, habillée par un paysage qui devient lieu de mémoire.

Si l’on demandait à un peintre de parler du paysage qu’il a peint, il dirait qu’il n’existe qu’à travers ses émotions. Pour le voyageur, c’est un peu la même chose. Ce sont les émotions qui lui restent, avant tout. Je ne vous cache pas que la place qu’elles prirent dans mon sac de voyage s’est un peu réduite, le temps aidant. Cependant, l’éloignement est, pour moi, comme la terre pour les racines, ce qui a nourri l’envie de me remémorer ce paysage.
Le paysage est un lieu de mémoire. Pour les Siciliens, Palerme évoque tant de choses. J’ai pu moi aussi partager, pendant une année, cette mémoire collective. Avant mon départ, Palerme n’était qu’une ville fantasmée. Je l’imaginais en noir et blanc, traditionnelle et accrochée à l’identité sicilienne, dont nous connaissons tous les clichés. Ces illusions furent vite abandonnées. J’ai pu rencontrer d’autres visiteurs rapidement délivrés de cette image d’Épinal. En effet, son paysage est le fruit d’un délicat mélange entre une histoire récente et une histoire plus ancienne. C’est ce qui le rend unique et fait son intérêt.
Commençant à m’aventurer dans la ville, je découvris rapidement les dégâts d’une modernité galopante à Palerme. Dans la périphérie, des montagnes de béton côtoient des montagnes plus vertes en fond. On se doute que ce n’est pas de ces quartiers que cette ville tire son caractère. Si Palerme n’est pas une ville comme les autres, c’est que, le temps d’une ballade, toutes les époques, du Moyen Âge à nos jours, peuvent se rassembler dans une seule rue. La plus impressionnante à cet égard est la Via Maqueda. Cette rue, parfaitement droite, est comme une ligne du temps qui partirait du XXe siècle et qui se terminerait à l’époque médiévale. En la parcourant, la boussole s’emballe. On ne sait plus dans quelle époque on est et il peut même arriver de croiser, au milieu de toutes les voitures qui circulent, un carrosse. Cette attraction pour touristes a le mérite de plonger les visiteurs dans l’ambiance du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, il Gattopardo. Plus qu’une bonne imagination, ce sont avant tout les nombreux monuments qui jalonnent cette rue qui déboussolent : le Teatro Massimo, les Quattro Canti, la Fontana Pretoria et la Chiesa della Martorana, en particulier…

Alexandre Jouhanneau

Bottone Radici

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