Pays de saints et de canailles ?

Suite au naufrage du navire de croisière « Costa Concordia » en janvier dernier, comme toujours, émerge le vice de vouloir rechercher à tout prix un héros et de diaboliser à l’excès la canaille. À cela s’ajoute une certaine presse étrangère qui stigmatise les Italiens, en les voyant comme des couards.

La catastrophe du Concordia a, une fois de plus, révélé le manque de rigueur dans l’attribution des responsabilités qui a tant de fois caractérisé nos plus ou moins « illustres » héros italiens. Et pour la énième fois, même à l’étranger on se déchaîne contre l’Italie. De nouveau, un journal allemand et toujours des polémiques, des stéréotypes, et peu de sensibilité. Il s’agit en l’occurrence de Jan Fleischhauer, éditorialiste du Spiegel, dans son article publié le 23 janvier. Pour notre confrère allemand, c’est très clair : Le Costa Concordia a fait naufrage parce que le capitaine Schettino est italien – cela ne serait jamais arrivé à un Allemand. « Le sport national des Italiens, c’est le paraître ». Ce qui signifie, en peu de mots, que les Italiens fanfaronnent et ne peuvent pas être pris au sérieux.
L’ensemble de la démonstration de cet illustre journaliste se concentre sur les différences culturelles entre les deux pays et se conclut par le rejet de la responsabilité de la crise financière européenne sur les Italiens, rien de moins. La monnaie unique en Europe ? « Ça ne pouvait pas fonctionner, il suffisait d’un séjour à Naples pour le comprendre. », ironise encore le journaliste allemand. « Comment vous permettez-vous ? », lui répond Andrea Tarquini, correspondant du quotidien La Repubblica à Berlin. Une réponse à chaud, elle aussi pleine de lieux communs sur les Allemands – allant jusqu’à la comparaison avec Goebbels, ministre de la propagande du Troisième Reich. Voilà un modèle de diatribe qui n’est d’aucune aide et risque de créer un climat de tension et de haine fondé sur des stéréotypes et des préjugés. Inutile de dire que ces deux articles sont, dans le fond, peu importants. Il nous a cependant semblé nécessaire, après ce drame, d’approfondir la dialectique entre le « vertueux » et celui qui ne l’est pas.
Il me vient à l’esprit la réponse que Galilée donne à son étudiant, Andrea, dans la pièce de théâtre de l’intellectuel allemand Bertolt Brecht, La Vie de Galilée. L’étudiant, en s’adressant au maître, dit : « Malheureux le Pays qui n’a pas de héros ! », et Galilée lui répond sans hésitation : « Non, heureux le pays qui n’a pas besoin de héros ». Lequel des deux a raison ?

Rocco Femia

Bottone Radici

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