Pourquoi tant de pouvoir ?

Elle s’appelle Standard & Poor’s. C’est une agence qui publie des analyses financières sur des actions et des obligations et qui vient de placer sous surveillance 15 pays de la zone euro.Tous les pays européens peuvent perdre le fameux « triple A », ce qui est une autre manière de dire qu’ils deviendront moins fiables sur le marché international, en clair, plus pauvres. Mais en sommes-nous vraiment conscients ? Les notations d’une agence peuvent provoquer la faillite d’un pays.
Certes la politique a sa part, conséquente, de responsabilités, mais le fait qu’une société financière puisse orienter les investissements, évaluer les bilans des États, faire tomber des gouvernements, influencer les décisions économiques d’États « souverains », décider dans les faits les manœuvres financières, tout cela me met en colère. Standards & Poor’s est au-dessus de la politique, de l’Union européenne, des Nations unies, des électeurs. Son dieu est le marché et elle n’obéit qu’à lui. En théorie, ce devrait être un service pour les investisseurs, mais c’est en fait une agence dotée de pouvoirs illimités.
Mais qui contrôle ce contrôleur ? Comme tout le monde en parle, autant citer des noms. Il s’agit de noms qui ne disent rien à personne, mais qui ont plus de pouvoir qu’Obama, Merkel et Sarkozy réunis. Le président est Douglas Peterson et les vice-présidents sont Pat Milano, James C. Daly, Catherine Mathis et John Weisenseel. Les directeurs exécutifs sont Paul Coughlin, Yu-Tsung Chang, David Jacob, Alex J. Matturri, Adam H. Schuman. Sans oublier Yann Le Pallec, responsable pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Voici ce que l’on le peut lire sur le site de l’agence : « Standards & Poor’s Ratings Services est dirigé par des professionnels ayant plusieurs années d’expériences dans le monde financier. » Des experts ? Et où étaient ces messieurs avant le désastre économique de 2008 ? Tout le fatras financier leur est passé sous les yeux sans qu’ils se rendent compte de quoi que ce soit. La Standard & Poor’s n’est pas une société de bienfaisance, elle a un chiffre d’affaires annuel de 2,5 milliards de dollars, un gratte-ciel à Manhattan et 10 000 employés dans le monde. Elle fait partie du groupe McGraw-Hill, un géant des médias et de l’information avec plus de 6 000 milliards de recettes en 2010. Il suffit de penser que la dette publique italienne s’élève à presque 2 000 milliards d’euros et cela donne une idée du poids de ce colosse. Dans les faits, notre souveraineté dépend d’un mouvement de sourcils de la part de « Doug » Peterson, jusqu’en 2010 haut dirigeant de Citigroup, la plus grande entreprise de service financier du monde. Mais qui connaît cet homme ? Personne. Qui l’a élu et qui lui a attribué ce pouvoir ? Personne, et pourtant il a davantage de pouvoir que les Nations unies. Tous ces experts sont comme des terroristes de la finance. Voilà une guerre juste que devraient faire les Nations unies, et non pas celles qui, durant les dernières décennies, ont appauvri nos pays et n’ont résolu aucun problème de sécurité.
Mais que cela ne nous empêche pas d’espérer pour nous tous une année 2012 plus sereine.

Rocco Femia, directeur de RADICI

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