Recommandation et piston

De la naissance de l’État unitaire à nos jours, il est une mauvaise habitude qui ne faiblit pas et qui sévit dans toute la Botte : la spintarella, la recommandation.

« L’Italie est un autobus qui voyage au complet : si une personne monte, une autre doit descendre ». Saul Steinberg, le grand illustrateur américain l’avait compris. Pays d’intrigants où il faut savoir se débrouiller. Et si on n’y arrive pas par ses propres moyens, pourquoi ne pas se faire recommander ? Habitude véritablement ancrée en Italie comme en témoignent les nombreux synonymes : aiutino (petite aide), spintarella (coup de pouce), segnalazione (recommandation), appoggio (appui), intercessione (intercession) et le très direct calcio in culo (coup de pied aux fesses). Si une des premières questions que se pose un Italien est « est-ce que je pourrais bien connaître quelqu’un ? », il ne faut pas s’en étonner : l’art du coup de pouce est aussi vieux que l’Italie.
Mon oncle le Pape. Déjà au milieu du XVe siècle, accablé par les innombrables demandes de recommandations, le pape Pie II, né Enea Silvio Piccolomini, écrivit ces vers devenus célèbres : Quand’ero solo Enea / nessun mi conoscea; / ora che sono Pio / tutti mi chiaman zio (Quand Enea j’étais / Personne ne me connaissait ; / Maintenant que pape je suis reconnu / L’oncle de tous je suis devenu). De nombreux siècles s’étaient écoulés depuis les clientes romains, les premiers « lèche-bottes professionnels » de notre histoire, mais bien peu de choses avaient changé. Si, dans la Rome antique, on se liait au patronus pour recevoir des aides économiques, dans la Rome papale, il fallait avoir des connaissances au sein du Vatican pour obtenir charges et faveurs.

Geoffrey Pizzorni

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