Quand je repense à 2025, l’image qui me vient à l’esprit est celle d’une mosaïque : douze mois marqués par des attentes et des inquiétudes, des gestes qui divisent et d’autres qui réconcilient, un pape qui s’en va et une Italie qui tente d’imaginer son avenir. 2025 a été une année marquée par plusieurs bouleversements politiques, sociaux et émotionnels qui ont redéfini notre façon de vivre en communauté. C’est dans cet enchevêtrement de visages et d’histoires que surgissent les mots qui décrivent le mieux ces douze mois.

LORENZO TOSA

EUROPE

C’est le mot qui a le plus marqué l’année 2025. Non pas l’Europe des traités ou des élections, mais celle que de nombreux Italiens ont commencé à interroger dans leur for intérieur en silence : existe-t-elle encore vraiment ? Est-elle vivante, ou ne la mentionnons-nous que par habitude ? Cette année, le sentiment général a été celui d’un continent fatigué, désorienté, parfois même incapable de se reconnaître. L’Italie a perçu cette incertitude comme un écho continu : dans les discussions politiques, les craintes économiques, même dans les conversations les plus quotidiennes. L’Europe est restée au fond comme une idée à défendre ou à remettre en question, un horizon que certains voient s’estomper et que d’autres s’obstinent à maintenir en vie. C’est de cette question ouverte que prennent forme les autres mots de l’année.

PAPES

Le 20 avril 2025, Jorge Mario Bergoglio apparaît au balcon de la basilique Saint-Pierre pour son message de Pâques et la bénédiction Urbi et Orbi, avant de faire un rapide tour en papamobile parmi les fidèles. Nul ne le sait encore, mais il s’agit de sa dernière apparition publique. Le lendemain matin, le cardinal camerlingue Kevin Joseph Farrell annonce le décès du 266e pape de l’Église apostolique romaine. Il avait 88 ans et son pontificat, bien que court, a eu une portée historique, au point d’avoir été consacré comme le pape des derniers, des plus fragiles, des marginalisés, des migrants surtout, ceux d’un monde que l’on appelait autrefois le Second monde ou le Tiers monde, et qui, avec François, retrouvent une dignité et une place centrale sans précédent dans la géographie mondiale.

Ce n’est pas un hasard si, 17 jours plus tard, son successeur sera le premier pape américain de l’histoire : le pape Léon XIV, né Robert Francis Prevost. Américain, certes, mais pas trumpien, comme en témoigne le nom qu’il a choisi, dans la continuité de Léon XIII, le pape de la doctrine sociale avec son encyclique Rerum Novarum, publiée il y a plus d’un siècle.

PREMIERATO

Derrière ce mot pompeux et quelque peu archaïque se cache l’une des réformes les plus audacieuses jamais tentées par un gouvernement républicain. En résumé, elle prévoit la mise en place d’un modèle hybride, à mi-chemin entre le système parlementaire actuel et le présidentialisme à la française, dans lequel le chef de l’État se verrait privé d’une grande partie de ses pouvoirs (déjà limités) au profit de l’exécutif et du chef du gouvernement. Dans la logique des promoteurs de cette réforme – c’est-à dire Giorgia Meloni –, il y a la tentative de contourner le spectre de l’ingouvernabilité et de garantir des gouvernements plus stables et durables. En réalité, il s’agit de l’ultime variante du rêve jamais caché de la droite italienne depuis Berlusconi : les « pleins pouvoirs ». Ou, pour reprendre les termes élégants du président de la République, Sergio Mattarella, qui en a dénoncé les risques constitutionnels, « l’absolutisme de la majorité ».

SÉPARATION DES CARRIÈRES

Si le Premierato semble pour l’instant enlisé dans une procédure parlementaire assez longue et tortueuse, l’autre grande réforme du gouvernement Meloni, , a connu un tout autre sort en l’an de disgrâce 2025 : la réforme de la justice, plus connue sous le nom de « séparation des carrières », qui a été envoyé à la vitesse d’un TGV à toutes les branches du Parlement, à deux reprises, comme le prévoient les réformes constitutionnelles, et qui va ensuite être soumise à la dernière et plus difficile épreuve : le référendum. La date n’est pas encore fixée, mais dans quelques mois, des millions d’Italiens seront appelés à répondre à une seule question : voulez-vous que les carrières des juges d’instruction (c’est-à-dire les procureurs) soient séparées de celles des magistrats du parquet (ceux qui jugent) ? Aujourd’hui, sur un total de près de 10 000 magistrats, environ 36 ont changé de parcours au cours de l’année dernière, soit 0,036 %. Un chiffre insignifiant. En réalité, le véritable objectif consiste à neutraliser l’autonomie et l’autodétermination du pouvoir judiciaire, en vidant la magistrature de sa dernière lueur d’indépendance et en la soumettant à un pouvoir exécutif qui, avec l’effet combiné du Premierato, deviendrait presque absolu. Berlusconi serait fier de ses descendants.

MIMMO LUCANO

Il existe cependant une autre Italie qui ne faiblit pas, incarnée par deux de ses symboles les plus résistants et éclatants. Le premier s’appelle Domenico Lucano, mais tout le monde le connaît sous le nom de Mimmo. C’est l’homme qui a d’abord rêvé, puis réalisé le modèle de Riace, transformant un petit village de la Locride en une terre promise d’intégration et de migration soutenable. Pendant des années, des gens sont venus du monde entier pour l’étudier. Dans son propre pays, il a été criminalisé, jugé, puis finalement, en février dernier, définitivement acquitté dans une salle d’audience, exception faite de quelques accusations mineures. La principale accusation a été complètement réfutée : il n’y a jamais eu d’escroquerie au détriment de l’État. Quelques mois plus tard, Mimmo Lucano a même été récompensé par les électeurs italiens, qui lui ont accordé 200 000 voix, le propulsant ainsi au Parlement européen. Digne fin d’une histoire indigne.

FRANCESCA ALBANESE

L’autre grande personnalité italienne de 2025 est une femme, Francesca Albanese, la première rapporteuse de l’histoire des Nations Unies à faire l’objet de sanctions individuelles de la part d’un État. Et pas n’importe quel État : les États-Unis de Donald Trump, qui ne lui ont jamais pardonné d’avoir défendu avec sérieux – données, arguments, chiffres et recherches sur le terrain à l’appui – les droits de la population palestinienne massacrée à Gaza par Israël. Elle a également eu le courage de nommer ce qui s’est passé dans la bande de Gaza, ce que presque personne en Italie (et ailleurs) n’a osé faire au cours de ces douze derniers mois : génocide. Elle l’a fait avec beaucoup de courage et de force – même si elle a commis quelques erreurs –, ce qui a fait d’elle, et c’était inévitable, un symbole de résistance à gauche et une cible à atteindre à droite. Ne serait-ce que pour cela, elle mérite toute notre solidarité, et notre reconnaissance.

COMMUNAUTÉ

En 2025, un sentiment collectif s’est renforcé en Italie, s’exprimant sous mille formes : solidarité quotidienne, réseaux de bénévolat initiatives civiques menées dans les zones les plus fragiles du pays. Ce sentiment a culminé en septembre avec le lancement de la Global Sumud Flotilla, une flotte de 50 bateaux provenant d’Italie, d’Espagne, d’Europe et d’Afrique, chargés de nourriture et d’aide humanitaire à destination de Gaza. Pendant ce temps, les navires naviguaient en Méditerranée et, ici, dans la Péninsule, l’équipage à terre collectait des tonnes de nourriture, descendait dans la rue par millions, se fondait et se soudait dans un esprit et un sens de la communauté que notre pays n’a jamais perdus. Une humanité composée d’associations, d’ONG et de nombreux citoyens ordinaires qui, souvent en silence et à pas feutrés, œuvrent pour leur prochain, défendent les droits et préservent les espaces de démocratie dans un centre pour migrants, une prison ou sous les arcades de nos villes, où se côtoient sans-abri et nouvelles et anciennes marginalisations.

GIORGIA MELONI

Oui… Meloni. Impossible de refermer le livre de l’année 2025 sans évoquer la personnalité qui l’a le plus marquée et dominée. Sa lune de miel avec les Italiens semble loin d’être terminée, si l’on en croit les sondages, où elle se maintient désormais avec environ 30 % de satisfaction. Le gouvernement Meloni bat tous les records de longévité. Côté communication, il a établi une norme que beaucoup, même à gauche, n’hésitent plus à admirer et à copier. Atreju, le festival historique de son parti, Fratelli d’Italia, semble être devenu le nouveau Sanremo, attirant non seulement politiciens de tous horizons, mais aussi acteurs, chanteurs, sportifs et chefs cuisiniers, pratiquant tous le sport le plus apprécié des italiens : monter sur le char du vainqueur. Il est difficile de savoir combien de temps cela durera ; les épines, surtout en politique étrangère, ne manquent pas, et quand cela prendra fin – car tout a une fin, surtout en Italie –, nous les reverrons tous se réaligner docilement avec leurs doubles visages et leurs nouveaux déguisements, comme cela s’est produit il n’y a pas si longtemps avec les berlusconiens d’abord, puis les renziens. Il n’est même pas nécessaire de remonter à des époques trop lointaines.

ADIEUX

2025 a également été l’année où nous avons dit adieu à des mythes que nous croyions immortels. Le 23 septembre, nous avons appris qu’il n’en n’était pas ainsi pour Claudia Cardinale, la « Diva » Claudia, l’Angelica du Guépard de Visconti, la femme qui a inspiré, entre autres, Fellini, Herzog, Monicelli, Sergio Leone et Manoel de Oliveira. Elle s’est éteinte à l’âge de 88 ans à Nemours, au sud de Paris, où elle s’était retirée ces dernières années ; elle avait su parfaitement unir les deux pays qu’elle aimait avec la même intensité et qui lui rendaient la pareille. Peu avant elle, Giorgio Armani, l’homme qui l’habillait, s’est également éteint à Milan. Si vous deviez expliquer à un Martien ce qu’étaient la beauté et le style italiens, tôt ou tard, ces deux noms viendraient à l’esprit. Nous les avons perdus ensemble, à quelques jours d’intervalle, et ce n’est peut-être pas un hasard. Qui sait.

TENNIS

Une année comme celle-ci ne pouvait donc que se terminer dans les larmes, des larmes de joie bien sûr : celles que Jannik Sinner n’a pas versées en juillet après la première victoire historique de l’Italie à Wimbledon, le Romain Flavio Cobolli les a fait couler, lui qui avait été appelé à accomplir une tâche apparemment impossible : remplacer Sinner dans le Final 8 de la Coupe Davis qui se jouait en novembre en Italie, à Bologne. Finalement, Cobolli ne perdra aucun match, entraînant littéralement l’Italie, avec Matteo Berrettini, à la conquête de sa troisième Coupe Davis consécutive, la première sans Jannik. Elle s’ajoute à la Coupe Billie Jean King, remportée quelques semaines plus tôt par Jasmine Paolini et ses coéquipières. Nous sommes à la fois doubles et triples détenteurs des principaux trophées par équipes de tennis, respectivement chez les femmes et chez les hommes. Surtout ne nous réveillez pas, s’il vous plaît.

L.T.

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Lorenzo Tosa, 35 anni, giornalista professionista, grafomane seriale, collabora con diverse testate nazionali scrivendo di politica, cultura, comunicazione, Europa. Crede nel progresso in piena epoca della paura. Ai diritti nell’epoca dei rovesci. “Generazione Antigone” è il suo blog.