PIZZA

DES CHIFFRES ÉTOURDISSANTS

En Italie, la pizza n’a pas besoin d’être célébrée, on la mange. Chaque jour, des millions de pizzas sortent des fours à travers le pays. En un an, cela représente plus de 3 milliards de pizzas, ce qui suffit à illustrer le poids culturel et économique de ce geste quotidien. Derrière cette habitude, les chiffres sont impressionnants : des centaines de millions de kilos de farine, de mozzarella, de tomates et d’huile, qui témoignent d’une filière agricole, industrielle et culturelle profondément ancrée dans le pays.

La grande majorité des Italiens en mangent au moins une fois par semaine. C’est cette donnée, plus que toute célébration officielle, qui explique pourquoi la pizza reste l’un des symboles les plus forts de l’Italie. Ce n’est pas un mythe de carte postale, mais une présence concrète et partagée, un aliment simple, une identité vécue. Symbole de l’Italie dans le monde, c’est l’un des rares langages que le pays continue de parler sans avoir besoin de traduction.

Au-delà des Alpes, la pizza est également devenue un langage familier. En France, on estime qu’un milliard de pizzas ont été consommées en 2024, soit près de 25 pizzas par an et par habitant. Ce chiffre fait de la pizza l’un des aliments les plus consommés au quotidien dans l’Hexagone, qu’elles proviennent des pizzerias de quartier, des camions-pizzas ou encore des grands distributeurs. Une habitude différente dans ses formes, mais désormais stable.

RETOUR AU PASSÉ

Pas d’éducation sexuelle dans les écoles primaires et les collèges, et uniquement avec le consentement des parents dans les lycées. C’est ce que prévoit un amendement de la Lega, approuvé en novembre dernier à la Chambre, dans le cadre du projet de loi sur le « consentement éclairé » souhaité par le ministre de l’Éducation, Giuseppe Valditara. Selon la majorité, il s’agit d’une mesure de « bon sens » ; en revanche, pour l’opposition, il s’agit d’un « acte obscurantiste » qui fait reculer l’Italie de plusieurs décennies, loin des normes européennes où l’éducation affective fait partie intégrante des programmes scolaires.

Entretemps, le Sénat a également approuvé le décret qui rétablit l’ancien nom de l’« esame di Stato » (ainsi appelé de 1999 à 2025) : il s’appellera à nouveau « maturità ». Un signe peut-être que le passé, du moins dans les noms et les tabous, est de nouveau à la mode.

DIALECTES

L’ADIEU SILENCIEUX

C’est une triste nouvelle, surtout dans un pays qui compte des centaines, si ce n’est plus d’un millier de variétés dialectales accumulés au fil des siècles. Selon la dernière enquête de l’institut de sondage ISTAT, l’usage exclusif ou prépondérant du dialecte dans la famille est passé en moins de quarante ans de 32 % en 1988 à 9,6 % en 2024. Aujourd’hui, près d’une personne sur deux (48,4 %) ne parle que l’italien ou principalement l’italien dans tous les contextes relationnels.

Le dialecte survit surtout dans les relations les plus intimes : 38 % l’utilisent encore en famille, 35,5 % avec leurs amis, mais seulement 13 % avec des étrangers. L’usage exclusif du dialecte est désormais résiduel : seuls 2,3 % des gens le parlent dans tous les domaines de la vie quotidienne.

Parallèlement, la connaissance des langues étrangères progresse : près de sept personnes sur dix déclarent en connaître au moins une. L’anglais reste la langue la plus répandue (58,6 %), devant le français (33,7 %) et l’espagnol (16,9 %). Cependant, les niveaux restent modestes : plus de la moitié de la population estime que la langue étrangère qu’elle connaît le mieux est tout au plus « moyenne ».

Il ne s’agit pas seulement d’une question linguistique, c’est un changement culturel profond : la disparition progressive des dialectes ne concerne pas seulement le vocabulaire, mais aussi la manière dont se transmettent la mémoire, l’appartenance et la vision du monde.

Les dialectes sont de moins en moins parlés. Mais lorsqu’il s’agit de trouver un mot qui fasse mouche, l’italien ne suffit souvent pas. Il suffit d’un « c’aggia fa’? » ( qu’est que je peux y faire ? en napolitain), d’un « xe cusì » (c’est comme ça ! en triestin), d’un « annamo bene » (nous voilà bien !, en romain) pour tout dire sans explications ultérieures. Paradoxalement, c’est peut-être précisément pour cette raison qu’il est regrettable de les voir disparaître. En effet, un dialecte n’est pas une alternative à l’italien, mais une richesse linguistique unique, concrète et vitale. Les parler tous les deux n’entraîne pas de division, il enrichit. Le dialecte n’enlève rien à la langue commune, il lui donne de la profondeur.

UNE ITALIE QUI PLANTE DES ARBRES

En 2024, l’Italie a planté plus de 3 millions d’arbres, créant ainsi quelque 4 000 hectares de nouveaux espaces verts, ce qui équivaut à plus de cinq-mille terrains de football ou à environ cent-cinquante-mille courts de tennis. Des chiffres qui témoignent de la volonté d’un pays de renouer petit à petit des liens entre le territoire et les villes de plus en plus exposées à la chaleur et à la fragilité environnementale.

Ce sont surtout les grandes villes qui ont lancé cette nouvelle saison verte. Rome, Messine, Naples, Reggio de Calabre et Cagliari figurent parmi les villes où les arbres ont retrouvé leur place dans l’espace public, transformant les rues, les quartiers et les banlieues en petits poumons urbains.

Selon les données recueillies par l’association Legambiente, ce nouveau patrimoine vert présente des avantages qui vont bien au-delà de l’environnement : il améliore la qualité de l’air, rend les territoires plus viables et laisse un héritage concret aux générations futures. À une condition simple et décisive : les arbres doivent être entretenus dans le temps. En effet, le véritable changement ne consiste pas seulement à planter des arbres, mais à les faire grandir.

L’IRRÉSISTIBLE CAPPUCCINO

D’après une récente enquête, le panettone serait le dessert le plus apprécié en Italie, suivi de près par l’irremplaçable tiramisù. Mais si de nombreux délices italiens ont cédé la place au « Pan de Toni » de la Renaissance, la domination du cappuccino semble quant à elle inchangée. Aucun doute possible : si vous demandez à un étranger de choisir une boisson exquise, dans 99 % des cas, la réponse sera immanquablement « cappuccino, please ». L’on doit sa création à Marco d’Aviano, de l’Ordre des frères mineurs Capucins, vêtu de la classique tunique marron à large capuche. Envoyé en mission par le pape à Vienne en 1683, il se vit servir un café trop noir et trop fort. Il demanda alors à l’« améliorer » avec du lait (ou de la crème). C’est en voyant la tunique du moine que le serviteur aurait créé le nom kapuziner… ensuite le moine retourna en Italie. Comme toujours, la réalité et l’imagination se mêlent pour façonner des histoires, souvent savoureuses, qui deviennent parfois une réalité irremplaçable, à l’image de cette boisson chaude, élégante et réconfortante, le cappuccino italien, qui ravit le monde entier.

UNE POMME PAR JOUR, C’EST BON POUR LA SANTÉ… ET L’ÉCONOMIE

Pas de pomme empoisonnée ici, car l’Italie domine le marché mondial de ce fruit. En 2025, le pays en a exporté plus d’un million de tonnes, soit environ 16 % du marché mondial. Des chiffres conséquents, réalisés en grande partie dans les vergers du Trentin-Haut-Adige, qui assure à lui seul près de la moitié de la production nationale. Hors des frontières, ce sont les pommes « internationales », Golden Delicious et Gala, qui ont le plus de succès. réputées, reconnaissables et sans surprises, on les trouve aussi bien à Paris qu’à Dubaï. Mais, chez elle, l’Italie s’offre le luxe de la complexité avec plus de 2 000 variétés. Parmi les plus appréciées, on trouve la Melannurca Campana IGP, cueillie verte puis faite mûrir lentement au soleil, la Campanina d’Émilie-Romagne, à la peau épaisse et naturellement destinée à la cuisson, ainsi que la Cola de l’Etna, claire et tachetée, reconnue comme Sentinelle Slow Food, qui rappelle la lave et la patience par ses caractéristiques. L’Italie des pommes fonctionne ainsi : de grands volumes pour le marché international et une biodiversité extraordinaire qui continue de vivre dans les territoires.

UNE TOPPOLINO EN SERVICE

Petite, silencieuse, presque invisible. Depuis quelque temps, une nouvelle présence en uniforme circule dans le centre historique de Rome : la Fiat Topolino électrique, choisie par l’Arma dei Carabinieri pour se déplacer là où les voitures classiques ne peuvent plus passer. Rues étroites, zones piétonnes, centres historiques congestionnés : là où la ville devient fragile, la mobilité change de forme.

L’adoption de ce micro-véhicule n’est pas seulement une curiosité automobile, mais le signe d’une adaptation nécessaire : moins d’encombrement, moins de bruit, moins d’impact. Même l’ordre public, parfois, doit apprendre à se faire discret.

L’ITALIE RECONNAÎT L’OBÉSITÉ

Avec la loi dite « loi Pella », adoptée en octobre 2025, l’Italie devient le premier pays au monde à reconnaître l’obésité comme une maladie chronique, progressive et récidivante. Il ne s’agit pas d’un détail technique, mais d’un changement culturel important : la stigmatisation ne guérit pas, la prévention et l’accompagnement, oui. L’obésité sort enfin du registre moral de la culpabilité individuelle pour entrer, à juste titre, dans le domaine des soins et de la responsabilité publique.

La loi Pella marque un changement de regard important. Cependant, pour qu’elle ne reste pas un objectif purement formel, elle devra s’accompagner de politiques cohérentes en matière d’alimentation, d’environnement et d’industrie. Il faudra notamment mettre en œuvre la taxe sur les boissons sucrées, prévue depuis des années et sans cesse reportée, alors que l’Organisation Mondiale de la Santé la considère comme l’un des outils les plus efficaces pour lutter contre l’obésité et le diabète. Reconnaître une maladie est un acte civique. La prévenir est un choix courageux.

OLYMPIADE

NOM FÉMININ SINGULIER

Pour l’Italie, avec les Jeux Olympiques de Milan-Cortina, il ne s’agit pas seulement d’une question de grammaire. C’est une réalité. Dix médailles d’or. Quatrième place au tableau des médailles, derrière la Norvège, les États-Unis et les Pays-Bas. Mais la donnée la plus éloquente n’est pas le classement, c’est le visage de ces médailles. Sept médailles sur dix sont l’œuvre de nos championnes italiennes.

Deux médailles d’or chacune pour Federica Brignone et Francesca Lollobrigida. Une pour Lisa Vittozzi. L’or en luge biplace avec Marion Oberhofer et Andrea Vötter. L’or en relais mixte en short-track (patinage de vitesse sur glace) avec Arianna Fontana, également médaillée d’argent sur 500 mètres et détentrice du record de 14 médailles olympiques.

Les hommes ne peuvent que s’incliner. Et ce n’est pas une provocation.

Certains pourraient parler de « déséquilibre de genre ». Ce serait toutefois une interprétation superficielle du phénomène. Il n’est pas question de crise masculine ici, il s’agit d’une maturité féminine qui a atteint son apogée.

Les protagonistes de ces Jeux ne sont pas de jeunes révélations. Ce sont des athlètes qui ont surmonté des blessures, des défaites, des saisons difficiles et la pression médiatique. Elles ont résisté, construit, patienté. Et quand le moment est venu, elles n’ont pas tremblé.

La médaille d’or de Federica Brignone en super-G semblait être un défi lancé au destin, un véritable miracle sportif. Le doublé dans le slalom géant est devenu consécration. Légende. À son âge, beaucoup ont déjà arrêté, ou envisagent de le faire. Pas elle. Elle a atteint son apogée alors que d’autres sont sur le déclin. C’est un message puissant à une époque obnubilée par la précocité.

Une image restera gravée dans les mémoires : les adversaires de Brignone, agenouillées devant elle. Non pas une humiliation, mais un hommage. La reconnaissance de son talent. Les Jeux olympiques, c’est aussi cela : un langage universel de respect.

Il y a eu aussi la poursuite parfaite de Lisa Vittozzi à Anterselva : vingt sur vingt au stand de tir. Le biathlon est une discipline militaire qui exige sang-froid et contrôle de la respiration. Aucune erreur. Une précision chirurgicale sous la pression la plus forte.

Ces femmes n’ont pas seulement gagné. Elles ont surmonté les limites mentales. Elles ont démontré qu’à ce niveau, le talent ne fait pas tout. C’est la capacité à tenir bon. À rester. À grandir. Aucune nostalgie pour l’époque d’Alberto Tomba ou de Deborah Compagnoni. C’est un passage de relais. C’est l’évolution naturelle d’un sport qui a aujourd’hui un visage différent.

Milan-Cortina n’est pas seulement une édition chanceuse. C’est un miroir. Elle raconte l’histoire d’une Italie qui, dans les sports d’hiver, a trouvé chez ses championnes solidité et sérénité compétitive qui montrent la voie.

De ces Jeux, il restera les chiffres, les statistiques et les podiums et surtout, une image, celle d’une Olympiade qui parle, à juste titre, au féminin.

Bonne chance à la France, qui prend le relais pour les Jeux olympiques d’hiver de 2030.