PATRIMOINE
PONTE VECCHIO
MILLE ANS D’HISTOIRE ET UNE NOUVELLE RESTAURATION
Pendant près de sept siècles, il a résisté au fleuve Arno, aux guerres et à des millions de pas. Aujourd’hui, le Ponte Vecchio va subir une importante intervention de conservation, la première de cette ampleur depuis sa reconstruction au XIVe siècle.
Son histoire commence cependant bien avant. Les fouilles archéologiques ont révélé l’existence d’une traversée dès l’Antiquité, un peu en amont par rapport à sa position actuelle. Au Moyen Âge, un pont en bois avait été construit, puis reconstruit en maçonnerie en 1177 après une crue de l’Arno. Il comportait neuf arches et, déjà à cette époque, des boutiques en saillie sur les deux côtés : ainsi, il y a presque mille ans, le Pons Vetus était non seulement un passage, mais aussi un lieu de commerce.
Une nouvelle inondation le détruisit en 1333. La reconstruction, achevée en 1345 et traditionnellement attribuée à Taddeo Gaddi, lui donna la forme que nous connaissons : trois grandes arches surbaissées reposant sur deux piliers. Au XVe siècle, des fenêtres furent ouvertes sur les façades des boutiques, lesquelles furent ensuite vendues à des privés en 1495.
La transformation déterminante eut lieu en 1565, lorsque Giorgio Vasari construisit au-dessus du pont le célèbre Corridoio reliant le Palazzo Vecchio au Palazzo Pitti. Peu après, les boutiques furent réservées aux orfèvres et aux commerçants d’objets précieux, activités qui caractérisent encore aujourd’hui le Ponte Vecchio.
Dans la nuit du 3 août 1944, il fut le seul pont de Florence épargné par les Allemands qui battaient en retraite. Certains affirment que ce serait Hitler, fasciné par sa beauté, qui l’aurait sauvé. D’autres avancent une version, plus crédible et certainement plus noble, selon laquelle c’est l’intervention du consul allemand Gerhard Wolf qui aurait été décisive. En 2007, une plaque en marbre en son honneur a été inaugurée sur le pont pour rappeler son rôle dans le sauvetage de juifs et de prisonniers politiques.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que lors du repli des allemands, les accès et les bâtiments environnants ont été détruits à l’explosif. Le pont est resté isolé et inutilisable, mais sa structure principale a survécu, le seul de tous les ponts historiques de Florence. Dans les années 1950 et 1960, d’importants travaux de consolidation furent entrepris pour réparer les dégâts.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas de rajeunir le Ponte Vecchio, mais de lui permettre de continuer à porter le poids de l’histoire. C’est peut-être là le secret des monuments italiens les plus appréciés : ne pas rester figés dans le temps, mais le traverser.
SOCIÉTÉ
PLUS DE CHIENS QUE D’ENFANTS
En Italie, on dénombre désormais 9,1 millions de chiens et moins de 6,9 millions d’enfants de moins de 15 ans. Pris isolément, ce constat peut faire sourire. Pourtant, il est très révélateur de l’Italie d’aujourd’hui.
En 2025, seulement 355 000 enfants sont nés, soit 15 000 de moins que l’année précédente. Le nombre moyen d’enfants par femme est descendu à 1,14, un nouveau minimum historique, tandis que les moins de 15 ans ne représentent plus que 11,6 % de la population. À titre de comparaison, les plus de 65 ans sont près de 15 millions, soit 24,7 % de la population.
Pourtant, il serait trop simpliste d’en conclure que les Italiens préfèrent les chiens aux enfants. Les chiffres disent même le contraire : ce sont précisément les familles avec enfants qui possèdent le plus souvent un chien, dans 40,8 % des cas.
Le vrai problème, ce ne sont pas les chiens, mais que les enfants disparaissent des statistiques italiennes bien plus rapidement que la population à quatre pattes n’augmente.
AGRICULTURE
LE CAFÉ EST EN DANGER
ET POUR UN ITALIEN, C’EST UNE AFFAIRE SÉRIEUSE
Pour un Italien, cela peut sembler presque une atteinte à la civilisation : le café est en péril. Le changement climatique, l’appauvrissement des sols et la faible diversité génétique mettent surtout en difficulté l’arabica, sensible à la chaleur, et le robusta, très gourmand en eau.
Le problème est cependant encore plus vaste. Selon une étude menée sur 124 espèces de café sauvage, 60 % risquent l’extinction et près de la moitié ne sont conservées dans aucune banque de graines. Un patrimoine génétique précieux pourrait donc disparaître avant même d’avoir été étudié.
Or, l’espoir vient justement des espèces oubliées. Le liberica résiste mieux aux hautes températures et consomme moins d’eau ; le stenophylla pousse dans des conditions extrêmes mais il a un goût très proche de l’arabica ; le racemosa dégage des notes de chocolat, d’herbes et de champignons, ce n’est pas l’espresso du bar du coin, mais peut-être celui du futur.
Les chercheurs travaillent aussi sur des croisements génétiques et sur de nouvelles techniques de torréfaction et de mouture. Car sauver le café ne signifie pas seulement défendre une boisson : dans de nombreux pays, il représente le revenu de communautés entières.
Le monde se prépare donc à changer de mélange. Naturellement, les Italiens accepteront tout avec une grande ouverture d’esprit, pourvu que le café soit court, fort, brûlant et surtout qu’on ne l’appelle pas « américain ».
SANTÉ
FIN DE VIE
L’ITALIE N’ARRIVE PAS À SE DÉCIDER
Après la Toscane, la Sardaigne et l’Émilie-Romagne, la Vénétie s’est saisie de la question de la fin de vie en réglementant les procédures d’accès au suicide médicalement assisté. Le vote a eu lieu le 2 septembre 2026 : 32 voix pour, 14 contre et 5 abstentions. C’est également la première région dirigée par le centre-droit droite à franchir ce pas. Une nouvelle étape qui ramène au cœur du débat un sujet abordé en Italie depuis des années discute sans parvenir à adopter de loi nationale.
Si l’euthanasie active demeure interdite en Italie, la Cour constitutionnelle a déjà statué en 2019 que l’aide au suicide peut ne pas être punissable dans certaines conditions bien précises : maladie irréversible, souffrances physiques ou psychologiques jugées intolérables, dépendance à des soins de maintien en vie et pleine capacité à prendre des décisions libres et éclairées.
Les Régions ne légalisent donc pas l’euthanasie. Elles interviennent plutôt sur les délais, lesprocédureset lesresponsabilités des structures sanitaires nécessaires pour appliquer ce que la Cour a établi.
Pendant ce temps, le pays semble avoir avancé plus rapidement que la politique. D’après le rapport Eurispes 2026, 54,3 % des Italiens sont favorables au suicide assisté, contre 39,4 % en 2019. En ce qui concerne l’euthanasie, les partisans s’élèvent à 70,2 %.
Certains revendiquent le droit pour une personne, face à une maladie irréversible et à des souffrances jugées intolérables, de choisir la façon de mettre fin à sa vie. D’autres craignent que transformer cette possibilité en procédure sanitaire ne fragilise la protection des plus vulnérables et demandent surtout davantage d’investissements dans les soins palliatifs.
Au milieu, la politique nationale continue de débattre sur la fin de vie, tandis que ce sont les arrêts de justice et les lois régionales qui, petit à petit, comblent le vide laissé par le Parlement.
CURIOSITÉ
POURQUOI LA GARE TERMINI DE ROME S’APPELLE-T-ELLE AINSI ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la gare Termini à Rome ne doit pas son nom au fait d’être le terminus d’un voyage. Elle le doit aux Thermes de Dioclétien, le plus grand complexe thermal de la Rome antique, qui se trouvait exactement dans la zone de l’actuelle piazza della Repubblica. Construit en huit ans seulement, entre 298 et 306 après J.-C., il s’étendait sur une superficie de 13 hectares. À côté des thermes se trouvait aussi la fameuse Botte di Termini , une gigantesque citerne voulue par l’empereur Dioclétien pour alimenter en eau les installations. Ses derniers vestiges ont été démolis en 1876, sacrifiés au profit de la construction de la Rome moderne.
La première halte ferroviaire a été mise en service en 1862, et c’est en 1873 que la nouvelle gare a été inaugurée, deux ans après que Rome est devenue capitale du Royaume d’Italie. La place se trouvant en face, autrefois piazza di Termini, a été rebaptisée en 1888 piazza dei Cinquecento, en souvenir des soldats italiens tués à Dogali, ancienne colonie d’Érythrée, lors de la première aventure coloniale italienne en Afrique.
Ainsi, chaque jour, des centaines de milliers de voyageurs passent par Termini sans savoir que ce nom n’annonce pas la fin du trajet, mais conserve l’une des nombreuses traces de l’ancienne Rome enfouies sous la ville moderne.
TRAVAIL ET FRATERNITÉ
NICO ACAMPORA
QUAND L’INCLUSION DEVIENT TRAVAIL
Au début, on a surtout dit à Nico Acampora que cela ne marcherait pas. Qu’un restaurant confié à de jeunes autistes était une idée irréalisable. Qu’il trompait les familles. Certains ont fait preuve d’encore plus de brutalité. Aujourd’hui, PizzAut a deux restaurants (près de Milan), des dizaines de jeunes empoyés, des milliers de clients et une notoriété qui a transformé son fondateur en l’une des figures les plus populaires de l’inclusion en Italie.
Mais il serait réducteur de présenter Nico Acampora comme l’homme qui a simplement eu une bonne idée. Il est avant tout le père d’un jeune autiste. Et PizzAut est né d’une question que beaucoup de parents connaissent bien : que fera mon fils une fois adulte ? Quelle place occupera-t-il dans le monde quand je ne pourrai plus m’occuper de lui ?
Sa réponse a été le travail. Pas d’atelier protégé, ni une activité pour « occuper » des jeunes. Non. Un vrai restaurant, avec des clients, des horaires, des responsabilités et des salaires. Nico Acampora ne demande pas qu’on applaudisse un jeune autiste parce qu’il apporte une pizza à une table. Il veut qu’on le considère pour ce qu’il fait : il travaille.
Pour y parvenir, PizzAut s’adapte aussi au travail des personnes. L’environnement est pensé pour limiter bruits et stimuli, certains outils sont modifiés, les tâches sont réparties selon les capacités et les difficultés. Tout le monde ne fait pas tout, et tout le monde n’atteint pas le même niveau d’autonomie : l’autisme est un spectre très large, et Nico Acampora ne promet pas de miracles.
Toutefois, il démontre que des possibilités jugées hors de portée peuvent devenir des réalités. Des jeunes qui ne savaient servir que de petites tables gèrent aujourd’hui de grands groupes ; d’autres ont appris à prendre des commandes, à parler à des inconnus, à gérer un service. Pour une famille, cela signifie découvrir que son enfant peut avoir un métier, un salaire, des collègues, une vie moins dépendante de ses parents.
C’est là que PizzAut a touché un sujet sensible de l’Italie. Après l’école, pour beaucoup de personnes autistes, s’ouvre encore un vide. Les aides diminuent, le travail reste inaccessible, et une question terrible accable les familles : que se passera-t-il quand nous ne serons plus là ?
Nico Acampora a transformé cette peur en un projet qui dépasse désormais les murs d’une simple pizzeria : parcours de formation et d’autonomie, distinctions, passages à la télévision, rencontres avec le président Sergio Mattarella et le pape François, jusqu’aux Nations Unies.
Et puis, il y a l’homme. Une barbe, des lunettes, de l’ironie et un style direct qui fuit le jargon convenu. Nico Acampora sait communiquer sans transformer ses jeunes en victimes ou en petits héros inspirants. Il raconte des histoires difficiles sans implorer la pitié.
Chez PizzAut, on vient peut-être attiré par l’histoire. Ensuite, on mange, on commande, on discute. Et le jeune autiste qui attirait d’abord l’attention devient simplement le serveur de la table. Dans ce petit passage, il y a peut-être plus d’inclusion que dans de nombreuses campagnes institutionnelles.
Quand on lui demande où il aimerait voir PizzAut dans dix ans, Acampora répond : « J’espère que ça n’existera plus ». Il rêve d’un pays où il ne sera plus nécessaire d’avoir des restaurants spéciaux pour employer des personnes autistes, car les autres restaurants, les hôtels et les entreprises auront appris à le faire.
Ce qu’il a construit de plus important ? Deux pizzerias, bien sûr, mais surtout la preuve que de nombreuses limites attribuées aux personnes dépendent aussi de la place que la société a décidé, ou non, de leur laisser.
ÉNERGIE
L’ITALIE REVIENT AU NUCLÉAIRE
Pendant près de quarante ans, le nucléaire a semblé être un chapitre clos de l’histoire italienne. Après Tchernobyl, le référendum de 1987 avait marqué la sortie de l’atome. En 2011, quelques mois après Fukushima, un second vote avait à nouveau rejeté le retour des centrales nucléaires.
Aujourd’hui, le gouvernement Meloni rouvre le dossier. La Chambre des députés a approuvé un projet de loi qui prépare le retour du nucléaire dans le mix énergétique italien, en misant notamment sur les petits réacteurs modulaires (SMR), considérés comme plus flexibles et moins coûteux que les grandes centrales traditionnelles.
L’objectif affiché est de réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de l’étranger et de contribuer à la décarbonation. Mais les incertitudes restent majeures : délais de construction, coûts réels, sécurité et, surtout, la question des déchets radioactifs. L’Italie n’a d’ailleurs toujours pas définitivement résolu le problème du site national de stockage des déchets déjà existants.
Il existe par ailleurs un paradoxe difficile à ignorer : l’Italie a renoncé à ses propres centrales, mais elle continue d’importer de l’électricité de France, où le nucléaire reste l’un des piliers du système énergétique.
Cependant, le vrai retour de l’atome ne se décidera pas uniquement au Parlement. Il faudra voir combien d’Italiens seront favorables au nucléaire en général, et combien le seront encore lorsqu’il s’agira de choisir où construire un réacteur ou un site de stockage des déchets.
ESPACE
LUCA PARMITANO
DE NOUVEAU EN ROUTE VERS LES ÉTOILES
L’Italie enverra une nouvelle fois un homme dans l’espace. Et pas n’importe lequel. Luca Parmitano, astronaute de l’Agence spatiale européenne (ESA), fera partie de l’équipage d’Artemis III, la mission de la NASA qui prépare le retour de l’Homme sur la Lune.
Lors de la présentation officielle de l’équipage le 9 juin dernier, Luca Parmitano n’a pas caché son émotion. « Je suis honoré », a-t-il déclaré. Puis il a ajouté une phrase qui résume bien son parcours : pour en arriver là, sa première plateforme de lancement a été l’Italie, l’école, la formation reçue dans notre pays.
Luca Parmitano sera le pilote de la mission. Un rôle confié à un homme qui connaît déjà très bien l’espace : il a passé 366 jours en orbite au total et a été, en 2013, le premier Italien à réaliser une sortie extravéhiculaire. Lors de l’une de ces sorties, il a même frôlé la mort. Une panne du système de refroidissement a fait pénétrer de l’eau dans le casque de sa combinaison. En apesanteur, l’eau a commencé à envelopper son visage, rendant sa respiration et sa vision de plus en plus difficiles. Parmitano resta calme et réussit à regagner la Station spatiale internationale.
C’est aussi pour cela que sa nouvelle mission revêt une dimension particulière. Ce n’est pas seulement un retour dans l’espace, c’est le retour d’un homme qui sait parfaitement à quel point la frontière entre l’aventure et le danger peut devenir fragile là-haut.
Le lancement est prévu pour fin 2027 et l’entraînement a déjà commencé. Mais Luca Parmitano ne volera pas encore vers la Lune : Atremis III restera en orbite terrestre pour tester les technologies et les manœuvres qui seront indispensables pour ramener des astronautes sur le sol lunaire.












