Le dernier acte de Mussolini

Les mois du déclin sur le lac de Garde, les tentatives d’un accord désespéré avec les partisans, la fuite vers la frontière. Pour finir, l’arrestation et l’exécution.

«Mes journées sont toujours plus difficiles et plus arides. Je vis seul. Je ne parle à personne. Je me sens assiégé. On ne veut pas me donner la possibilité de me déplacer. » C’est ce qu’écrivit Mussolini à Claretta Petacci le 20 novembre 1943, deux mois seulement après son transfert sur le lac de Garde où s’était établi, selon le souhait de Hitler, le nouveau gouvernement de la République Sociale italienne. Le Duce était ainsi contraint de vivre dans ce lieu qu’il détestait depuis sa destitution, le 25 juillet 1943, et il ne rêvait que d’une chose : retourner à Rome.

Dans sa nouvelle résidence, la Villa Feltrinelli à Gargnano (Brescia), il se réveillait tous les matins à 7h30 ; il enfilait un uniforme gris-vert, sans grade ni décoration, et il se mettait à fixer avec mélancolie ce miroir d’eau qui, pour lui, n’avait pas la force d’un fleuve et encore moins le charme de la mer. Le problème de Mussolini n’était certainement pas le paysage, mais le fait d’être quasiment prisonnier des nazis, qui l’avaient libéré de sa prison de Campo Imperatore le 12 septembre 1943 et contraint à créer un gouvernement fantoche dans le nord de l’Italie.

Ses journées ressemblaient à la parodie d’une époque révolue : réunions ministérielles à la Villa delle Orsoline, une villa avec balcon qui lui rappelait peut-être les fastes du Palazzo Venezia à Rome. Il se sentait fini et, avec lui, son gouvernement. « La situation interne empire de jour en jour. J’ai la sensation de plus en plus nette qu’on va vers le fond », écrivait-il à Clara à la fin de l’année 1944.

Fini et traqué, il craignait d’être en permanence surveillé et en danger. Ainsi écrivait-il encore à Claretta : « Tu dois te montrer le moins possible, ne dis à personne que je te téléphone ou que je t’écris […]. Je te demande de détruire la présente. Ton Ben ». Un souhait jamais exaucé : non seulement Clara ne déchira pas les lettres de Mussolini, mais elle transcrivit même les siennes. Peut-être le Duce voulait-il éviter que ces feuilles ne terminent un jour dans les mains de Rachele, son épouse, au courant de sa relation et qui l’avait suivi avec ses enfants les plus jeunes, Romano et Anna Maria.

Au début de 1945, Mussolini disait vouloir trouver une solution politique. « Je suis avili, humilié et décidé à m’en aller. Étant donné que désormais je ne peux faire la guerre, je dois faire de la politique. À Gargnano, on n’en fait pas, on ne peut pas en faire. » Son premier choix se porta sur une fuite en Espagne, mais les choses changèrent soudainement. « Demain soir, je pars pour Milan », écrivit-il à Clara le 17 avril, « où il est prévu que je reste jusqu’à samedi. C’est absolument nécessaire. Il y a encore des possibilités. Peut-être ai-je trop tardé. Mais la politique est l’art de trouver des solutions aux problèmes les plus difficiles. »

Federica Ceccherini, Roberto Festorazzi / Focus Storia

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