Je vous préviens d’emblée. Vous avez entre les mains une revue aussi riche que variée. Et, comme toujours, un itinéraire magnifique. Il y a des lieux dont on croit tout savoir (ou presque), des panoramas uniques inlassablement reproduits et qui, justement à cause de cette surexposition, semblent perdre de leur splendeur. Comme toute histoire et tout voyage commencent d’un point précis, le nôtre part de Ligurie occidentale, la Riviera di Ponente, juste après la frontière française. Massimiliano Salvo nous fait découvrir trois villages surprenants : Noli, qui fut une grande dame de la Méditerranée et conserve encore aujourd’hui ses antiques traditions maritimes. Cervo dont la spécialité était la pêche au corail et qui accueille aujourd’hui un festival de musique de chambre réputé ; enfin, la pittoresque Seborga, un peu en retrait de la mer, qui se proclame indépendante et « joue à la principauté ». Ornella d’Alessio, pour sa part, nous emmène à la découverte du promontoire de Portofino, son ancien parc naturel (l’un des premiers d’Italie), qui figure sur les cartes postales depuis l’invention de la photographie. Un voyage lent qui ressemble à un cheminement intérieur débutant véritablement quand l’on ralentit le rythme et que l’on se sent en totale harmonie avec la nature. Un voyage durable, car la force des jambes et l’enthousiasme du cœur suffisent à l’accomplir. Notre itinéraire se conclut par les impressions et souvenirs de Tiziano Malpelli, qui nous ouvre le précieux écrin de sa mémoire personnelle et de ses vacances sur la côte. Italo Calvino disait que pour s’orienter il suffisait d’avoir la Riviera del Levante à gauche et celle du Ponente à droite. Il est vrai que la Ligurie jouit de deux points de vue exceptionnels. Un itinéraire pour le moins séduisant.

Les pages de gastronomie sont à juste titre aussi consacrées à la Ligurie, et cette fois, Alessandra Pierini joue à domicile et nous invite à découvrir les saveurs de sa terre natale. La cuisine ligure, une cucina povera qui a su conquérir ses lettres de noblesse.

Alors en route pour la Ligurie, la beauté est nichée juste après de la frontière française.

Le dossier de ce numéro est consacré au 70e anniversaire de la Rai, la radiotélévision italienne. À sa naissance, dans l’après-guerre, l’Italie était un pays où l’on voyageait peu et où personne ne savait ce qu’il se passait, pas même dans le village voisin. Les gens parlaient presque exclusivement en dialecte et la moitié de la population était analphabète. En 1954, un écran lumineux est entré dans la vie du Belpaese, en le captivant et le modifiant pour toujours.

On peut dire que la télévision italienne publique, la RAI, a achevé ce qui fut initié en 1861 avec l’unification de l’Italie : faire les Italiens. Elle y est parvenue grâce à des feuilletons, des programmes éducatifs, des jeux, des chansons et des quiz. Nous sommes loin de la télévision en continu et à la demande, mais l’idée que le monde vienne à nous, et non l’inverse, a commencé il y a précisément soixante-dix ans avec la télévision. Vous découvrirez tout cela dans l’article de Roberto Roveda.

Pourtant, on ne peut parler de la RAI sans s’attarder sur l’anomalie constituée par le contrôle de la radio et de la télévision par la politique. Une histoire de relations viciées entre le pouvoir politique et l’information qui sapent, de longue date, son indépendance. Lorenzo Tosa nous rappelle justement la nécessité d’être vigilants face aux nouvelles tentatives peu démocratiques qui poussent le gouvernement en place à assujettir le travail des journalistes à ses pensées.

Riccardo Michelucci, nous rappelle que 2024 marque le 100e anniversaire de la mort de Giacomo Matteotti, assassiné en 1924 sur ordre de Mussolini. Il devait disparaître des yeux et des esprits car il représentait la mauvaise conscience du Ventennio. Pourtant son esprit demeure et met en garde ceux qui utilisent le pouvoir comme une arme pour abuser des plus faibles. C’est pourquoi son exemple d’homme politique qui défia Benito Mussolini et le paya de sa vie nous interpelle encore aujourd’hui.

Nommé président de la Bibliothèque nationale de France en avril dernier, l’historien spécialiste de l’Italie risorgimentale Gilles Pécout nous a fait l’honneur de nous accorder une interview pour ce numéro d’été 2024. Il est l’un des trois rédacteurs français du Traité du Quirinal signé par la France et l’Italie en 2021. Dans cet entretien il évoque pour nous l’Italie d’hier et d’aujourd’hui et son amour inconditionnel pour le Belpaese. Qui pouvait mieux que lui nous parler de l’histoire et des défis auxquels l’Italie et l’Europe sont confrontés !

Il y a trente ans, l’inoubliable Massimo Troisi nous quittait. Nous avons demandé au réalisateur Mario Martone de nous le rappeler. « Le cinéma de Troisi était beau parce qu’il avait la forme de la vie ».

Côté sport, Arianna Pescini propose de faire un saut en arrière pour rappeler le parcours, l’ascension et le déclin, de l’anti-héros du cyclisme italien décédé il y a vingt ans, Marco Pantani, pirate tragique qui gagna de nombreuses médailles et le cœur des Italiens.

Jeux Olympiques obligent, Asia Buconi nous présente quelques grands sportifs de la délégation italienne et nous informe aussi de l’état de santé du sport transalpin : il est plutôt bon, comme le révèlent les résultats des derniers Championnats d’Europe d’athlétisme qui ont eu lieu à Rome. Un signe d’espoir pour les Azzuri.

L’historien Stéphane Mourlane, maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille, nous rappelle quant à lui combien les Jeux olympiques sont imprégnés d’enjeux politiques. Le régime fasciste a ainsi fait de l’Italie l’un des premiers pays à ériger le sport comme instrument de propagande politique en vue de transformer la nation, mais aussi d’en assurer le prestige et le rayonnement à l’étranger, notamment au travers des Jeux olympiques.

N’oublions pas notre série consacrée à l’Histoire de l’Italie avant l’Unité : de la fin des guerres d’Italie (1559) à la fin de la guerre de Trente Ans (1648), en passant par la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), l’Italie a vécu à l’heure espagnole, une période que nous dévoile l’historien Philippe Foro.

Non mi resta che augurarvi una bella estate!

Rocco Femia, éditeur et journaliste, a fait des études de droit en Italie puis s’est installé en France où il vit depuis 30 ans.
En 2002 a fondé le magazine RADICI qui continue de diriger.
Il a à son actif plusieurs publications et de nombreuses collaborations avec des journaux italiens et français.
Livres écrits : A cœur ouvert (1994 Nouvelle Cité éditions) Cette Italie qui m'en chante (collectif - 2005 EDITALIE ) Au cœur des racines et des hommes (collectif - 2007 EDITALIE). ITALIENS 150 ans d'émigration en France et ailleurs - 2011 EDITALIE). ITALIENS, quand les émigrés c'était nous (collectif 2013 - Mediabook livre+CD).
Il est aussi producteur de nombreux spectacles de musiques et de théâtre.