Une, deux, trois Italies

Avant son unification, l’Italie, vous le savez, a connu des siècles de domination qui, au fil des époques, à travers leurs héritages, ont modelé les identités régionales. Au Nord, au Centre, et au Sud. Des différences importantes et sensibles qui, sans le vouloir, ont constitué au quotidien barrières et incompréhensions, mais sans jamais altérer l’unité du pays. Or, connaître ces « histoires » permet d’avoir les bonnes clefs de lecture pour comprendre l’actualité que vit aujourd’hui le pays. C’est pour cela que nous avons décidé, ce mois-ci, de remonter aux origines de ces Italies et que ce numéro de RADICI se révèle abondamment consacré au sujet.

« L’Italie n’est qu’une simple expression géographique, une qualification qui concerne la langue, mais qui n’a pas la valeur politique que les efforts des idéologues révolutionnaires tendent à lui imprimer. »

Voici les mots durs avec lesquels Metternich, chancelier d’un empire multinational comme celui des Habsbourg, décrivait l’Italie en 1847. Et de son point de vue il n’avait pas tous les torts, il avait même de bonnes raisons pour s’exprimer de façon aussi tranchante sur les dangereuses aspirations unitaires de la Péninsule. Presque vingt ans après, en 1861, l’Italie telle que nous la connaissons aujourd’hui devenait une nation unifiée au terme de la grande épopée que l’on appelle Risorgimento.

De fait, cependant, devant ce costume d’Arlequin composé d’États et de micro-États, les mots de Metternich résonnent de manière prophétique et soulignent les cultures très différentes qui encore aujourd’hui influencent la façon de voir le quotidien et peuvent se révéler être des obstacles à une compréhension mutuelle. Pour dire les choses avec les mots du patriote Massimo D’Azeglio : « Nous avons fait l’Italie, il faut maintenant faire les Italiens. »

Connaître ces différentes Italies pourrait ainsi être utile pour mieux comprendre les raisons de l’autre et trouver le juste antidote aux tentations séparatistes qui défient toujours la raison humaine. Parce qu’aujourd’hui encore, nous sommes les héritiers de cette fragmentation millénaire qui remonte aux racines médiévales et au-delà, à nos particularismes. Ceux-là même qui firent avouer à un autocrate centralisateur et terrible dictateur comme Mussolini que gouverner les Italiens, plus que difficile, lui semblait inutile.

Rocco Femia, directeur de Radici

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