Le ras-le-bol !

Les nouvelles sur le front du travail en Italie sont alarmantes, avec des pointes de 32% de chômage auprès des jeunes. Si à cela il s’ajoute l’index de pauvreté des familles, on comprends aisément que les démissions du président du Conseil Mario Monti constituent le dernier chapitre d’une représentation de l’Italie de plus en plus dégénérée et incontrôlable. Certes, il est évident que Mario Monti n’a pas de responsabilités particulières à cet égard et la dégénération a des racines bien plus lointaines. En plus ces derniers jours, vient d’être publié l’annuaire concernant l’étude sur l’index de perception de la corruption dans le monde, réalisé par l’association Trasparency international. Une étude qui classifie plus de 180 Pays pour leur niveau de corruption dans le secteur public et politique. Les Pays les plus vertueux sont le Danemark, la Finlande et la Nouvelle Zélande. La moins vertueuse résulte être la Somalie, tandis que l’Italie occupe la 72° place, après la Macédoine et tout juste avant la Bulgarie.

La colère des Italiens grandit chaque jour de plus et il est évident à tous que la politique n’est plus capable de fournir des réponses convaincantes. Au point que beaucoup parlent de la nécessité d’un « printemps italien »: une révolution aussi chez nous, non-violente mais pacifique capable de by passer la bureaucratie agonisante. Enfin, une voie extraparlementaire mais surtout pas révolutionnaire. Il est connu, nous les Italiens, n’aimons pas faire les révolutions. Voilà les discours qui circulent en Italei en ce moment. La dérive de la politique et ses effets sont évidents. Il suffit de penser qu’une des réformes la plus demandée par le peuple, la réforme du système électoral, ne sera pas faite non plus. Nous irons voter encore avec le célèbre « Porcellum », dans lequel est « interdit » de donner la préférence sur les candidats et avec le risque de confier notre démocratie pour les prochains cinq ans aux mêmes personnes.

La loi anticorruption, demandée elle aussi à l’unanimité par le peuple, vient d’être approuvée mais son application semble provoquer plus d’un doute. Quelqu’un a défini « legge colabrodo » (loi passoire) avec les mailles tellement larges au point de permettre la ri-candidature de presque tous les députés actuels sur la tête desquels pèse une condamnation en premier ou en second instance ou un procès en cours. Et cela parce qu’il vaut toujours la présomption d’innocence jusqu’au dernier degré de jugement et seulement une condamnation définitive peut avoir des répercussions sur la possibilité ou pas de déposer une candidature. En d’autres mots quelqu’un qui est sous procès pour concours extérieur en association criminelle, ou accusé de négociation État-Mafia pourra très bien faire partie d’une liste électorale et cela jusqu’à la condamnation définitive. Pareil traitement pour ceux qui sont poursuivis devant la justice pour concussion, tentée concussion, abus d’office, banqueroute, escroquerie et péculat. Seulement les délits d’association de malfaiteurs finalisés à la gestion d’adjudications publiques, le concours en faux et destruction ou recel de documents publics, ou ceux qui auraient accordé autorisations « faciles » pour les salles Bingo, résulteraient dehors d’une éventuelle liste électorale. À mourir de rire…

En bonne substance, cette loi anticorruption, telle qu’à été conçue, ne semble pas produire les effets demandés par l’Europe et surtout par les citoyens. Ces derniers toujours plus dans la tenaille d’une crise qui ne cesse pas de s’arrêter et dont personne, ni les hommes politiques ni les économistes, semblent en avoir compris la gravité sociale.

Préoccupe le ras-le-bol aujourd’hui à un pas de la colère vis-à-vis de la caste, de chaque type de caste: politique, celle des banques. Mais aussi journalistes et administration publique. Et lorsqu’on voit démarrer la « guillotine » médiatique, nous sommes déjà à un point critique en ce qui concerne la tenue sociale et des institutions démocratiques. Beaucoup de signaux me font dire que nous sommes arrivés à un point de non-retour: il n’est plus possible de pouvoir conjuguer les politiques sociales avec la corruption, la démocratie avec les négociations secrètes et le pouvoir des mafias. Nous devons choisir, ou il a peut-être déjà choisi pour nous l’histoire. Enfin, quelle Italie avons-nous dans les coeurs et dans les yeux ? Celle de la guillotine, du sang médiatique versé sur le peuple italien ou une nouvelle démocratie, peut être plus pauvre économiquement, mais enfin intéressée au bien commun ? Il est clair que dans un moment comme celui-ci l’engagement de chacun est nécessaire, individuellement et ensemble. La haine sociale, les « guillotines » médiatiques dans lesquelles veut nous plonger Berlusconi sont le maquillage préféré de ceux qui déclament le changement pour laisser tout comme avant!

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Rocco Femia
Rocco Femia, éditeur et journaliste, a fait des études de droit en Italie puis s’est installé en France où il vit depuis 20 ans et où il a effectué une spécialisation en droit et un Master en communication. Il est fondateur et directeur de la publication du magazine RADICI. Il a à son actif plusieurs publications et de nombreuses collaborations avec des journaux italiens et français. Livres écrits: A cœur ouvert (1994 Nouvelle Cité éditions) Cette Italie qui m'en chante (collectif - 2005 EDITALIE ) Au cœur des racines et des hommes (collectif - 2007 EDITALIE). ITALIENS 150 ans d'émigration en France et ailleurs - 2011 EDITALIE). ITALIENS, quand les émigrés c'était nous (collectif 2013 - Mediabook livre+CD)
Rocco Femia

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