Il était une fois un roi

Il était une fois, dans un lointain pays, un roi riche et puissant. Il vivait dans un château avec des tours crénelées d’or et des vitraux en cristal pur. Les dizaines de dames de sa cour s’habillaient (pas toujours !) d’organza en provenance d’Inde et ses gardes du corps étaient armés de cottes de maille en argent, prêts à assurer sa défense. Les scribes et les hommes de loi jouissaient abondamment de la générosité du souverain. Les fêtes, toujours très élégantes, duraient jusqu’au petit matin. Les immenses terres de la couronne, où vagabondaient librement licornes et chimères, se perdaient au-delà de l’horizon, et leurs frontières étaient invisibles à l’œil humain.
Mais le roi avait une grande préoccupation. Plus qu’une, d’ailleurs. Il était presque chauve, et, à ce problème, son Conseiller royal cherchait depuis longtemps un remède. Cependant, sa douleur la plus grande, celle qui lui gâchait ses journées, était de ne pas être aimé de tous les sujets du royaume. À vrai dire, la moitié d’entre eux allaient jusqu’à le haïr. Et au sein de l’autre moitié, nombreux, trop nombreux étaient ceux qui l’aimaient par opportunisme. Le roi allait bientôt atteindre le seuil de ses quatre-vingts ans. Même s’il était convaincu de pouvoir vivre encore au moins quarante ans, sa vigueur physique n’était plus celle de ses temps glorieux. En outre, ses ennemis internes et ceux qui se trouvaient au-delà des frontières du royaume s’armaient et s’organisaient pour mettre un terme à son long règne. Des Vikings au Royaume d’Angleterre, en passant par tous les comtés du Royaume des Francs, tous complotaient sa perte. La crise économique mordait. Sous les murailles du château, la foule des misérables grandissait de jour en jour et menaçait d’enfoncer le lourd portail en bronze : marchands ruinés, paysans sans terres, jeunes sans avenir. L’heure fatale de l’abdication avait-elle sonné ?

Rocco Femia

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