Pour une année 2015
pleine de sens

Rocco Femia

À l’heure où nous bouclons ce numéro, l’actualité prend, hélas, une tournure tragique.

La barbarie de l’attentat perpétré à la rédaction de CHARLIE HEBDO et, à travers elle, l’attaque contre notre liberté, notre liberté à tous, nous rappelle plus que jamais combien nos conquêtes démocratiques sont fragiles.

Le fait de chercher à donner un sens à sa vie n’est pas, loin de là, un passe-temps réservé aux oisifs ou aux mystiques ; c’est notre intérêt, notre devoir à tous. C’est une question urgente dans la mesure où, si elle autorise tous les espoirs, elle suscite aussi tous les malentendus possibles. Si l’année 2014, après avoir multiplié les promesses, s’est achevée en laissant en héritage de nombreuses désillusions, ce début d’année 2015 manque de nous faire perdre pied.

Guerres, petites et grandes, fragilité du lien social, chômage.

Pourtant, nous l’avons toujours dit dans nos pages, l’aventure collective du « nous » est la seule solution possible aux problèmes des individus, de tous ces « je » qui se pensent indispensables. L’espoir de réussir ensemble peine à trouver place parmi les totalitarismes en tout genre. La dictature d’un marché qui a réduit à l’état de marchandises jusqu’à nos âmes, est en train de faire le reste. Dans ce numéro, le cri de colère d’un économiste souvent éclairé et peut-être, aujourd’hui, irrité, comme Luigino Bruni, contre le jeu de hasard, en dit long à ce sujet.

Il est clair aux yeux de tous que la conquête des libertés individuelles, au lieu de procurer à chacun ce bien-être si attendu, est en train d’engendrer de l’angoisse.

Face à cela, le seul antidote à la crise est une révolution personnelle : reconnaître ses propres limites, éloigner les préjugés, accepter l’idée que les autres hommes, les autres cultures, ont quelque chose à nous enseigner.

Au fond, qu’avons-nous à faire, en ce bas monde, sinon donner corps à ce rêve ? Sommes-nous sur Terre pour la servir ou pour la détruire ?

Ne nous leurrons pas, les bonnes intentions et les promesses ne suffisent plus à éclaircir l’horizon si chacun de nous ne s’interroge pas sur la portée de ses actes, même les plus insignifiants.

S’il est vrai, comme le pensent certains, que le battement d’aile d’un papillon qui effleure l’Empire State Building à New York peut provoquer une tempête de neige en Sibérie, alors les conséquences des innombrables intolérances dont nous nous rendons coupables, ou bien d’un sourire à ce voisin auquel, peut-être, on demandera un jour du sel ou avec lequel on partagera un moment convivial, sont encore plus imprévisibles. De ce point de vue, l’expérience des social streets, décrite dans ce numéro, est édifiante.

Sans doute, avec cette année 2015 qui s’ouvre à nous, le temps est-il venu d’assumer notre héritage commun et même de le redécouvrir. Heureusement, il a toujours existé des périodes au cours desquelles les êtres humains se sont engagés sur le chemin d’une transformation personnelle et collective. Nous sommes en train de vivre l’un de ces moments.

Notre vœu est qu’au cours de cette année 2015, nos sociétés redécouvrent le trésor qui est le leur. Au-delà des syncrétismes temporaires, des modes orientalisantes, l’heure est venue de chercher dans les greniers de nos maisons où dorment les sagesses dont nous avons tellement besoin. L’heure est venue de nous les réapproprier, de les faire devenir réalité.

L’année 2014 ne s’est pas achevée de la meilleure des façons. Trop de tragédies et d’injustices. Même l’esprit le plus optimiste ne peut pas fermer les yeux face à cet état de fait.

Pourtant, les yeux grand ouverts devant l’insoutenable, nous devons nous préparer, comme des sentinelles dans la nuit, à repérer les lumières à suivre pour ne pas perdre notre chemin. Exactement comme nous aide à le faire, dans ces pages, le réalisateur Ermanno Olmi avec son dernier chef-d’œuvre Torneranno i prati, ainsi que dans un entretien qui vaut bien une vie.

La rédaction de RADICI vous souhaite le plus simple, mais le plus sincère Buon anno.
Bonne année à l’Italie et aux Italiens, à la France et aux Français, à l’Europe et aux Européens…
Nous en avons besoin.

Rocco Femia, directeur de RADICI

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