Le succès impressionnant de la Ligue du Nord aux dernières élections régionales le laisse penser. Partout dans les rues et sur de nombreux profils Facebook, c’est désormais une avalanche de commentaires qui feraient peur même à l’ancien (heureusement !) maire de Trévise, qui voulait fusiller les extracommunautaires en toute liberté. On l’appelait le sheriff. Comme au Far West. Et on les compte désormais par milliers, en Italie, ces nouveaux “justiciers” à la Clint Eastwood, cigare en bouche, mais charme et charisme en moins.

On tente ensuite d’analyser la situation de plus près pour comprendre les raisons de tant de haine envers le différent, envers ceux qui ne sont pas italiens ; et on se rend compte que le problème ne vient pas de ceux qui ont toujours partagé ces idées, comme la Ligue du Nord ou l’extrême droite xénophobe. Non, de ce côté là, aucune surprise. Ce qui est terrible, en revanche, c’est qu’aujourd’hui en Italie (et pas seulement), si on parle de camps de Roms avec un ami par ailleurs sincèrement démocrate, il commence par chercher à nous rassurer en récitant les préambules classiques à propos des lieux communs, par exemple : « Bien entendu, ce ne sont pas tous les mêmes », « Je ne veux pas faire feu de tous bois » ; pour qu’ensuite on s’aperçoive qu’il est à deux doigts de porter lui aussi le T-shirt de la Ligue du Nord à l’inscription évocatrice « ruspe in azione » [« pelleteuses en action »], fruit d’une opération de communication de son chef, Matteo Salvini, qui explique de façon limpide son programme électoral.
Et puis, les élections régionales. Et là, l’annonce du choc, et quel choc. La Ligue anti-immigrés quadruple ses votes. Elle remporte haut la main la Vénétie, explose en Toscane et revient s’asseoir à la table des décideurs. On pense un instant qu’il s’agit d’une plaisanterie du journaliste. Mais non. Même pas. Alors, une fois rendu à l’évidence, impossible de ne pas se demander, avec le semblant de lucidité qui nous reste, si au fond, dans l’âme italique ne loge pas une pointe de haine raciale aveugle. Et si celle-ci n’a pas pesé sur le vote du 31 mai dernier, qui a tout de même vu gagner le parti de Renzi malgré la perte de deux millions et demi de voix par rapport aux élections précédentes.
Et à quoi bon rappeler les chiffres qui montrent que les Roms et les Manouches sont environ 180 000 en Italie – à peine 0,25 % de la population totale – sur les 6 millions présents en Europe, dont 800 000 en Espagne et 400 000 en France. Que la moitié de ceux qui sont présents en Italie ont la nationalité italienne, et que la plus grande partie d’entre eux vit dans des maisons avec murs et fenêtres, comme nous autres en somme. Que le nomadisme, pour nombre d’entre eux, est une histoire qui appartient au passé, à leurs grands-parents et à leurs parents.
Seule une minorité occupe les aires mises à disposition à la périphérie des grandes villes, puis abandonnées ou oubliées. À Rome, on dénombre sept camps, surpeuplés par 7 000 individus, dont 70 % d’enfants et de jeunes gens mineurs. Mais il y a aussi des cabanes et des tentes sous les ponts, sur les berges du Tibre et même dans le centre-ville.

Rocco Femia, directeur de RADICI

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