Une botte écrin de beauté et de paradoxes

Nous revoici après la période estivale avec un nouveau numéro, riche et, nous l’espérons, toujours aussi intéressant. Pour commencer, un itinéraire inhabituel que nous vous conseillons d’emprunter. Situés le long de l’arc alpin et préalpin les Monts Sacrés du Piémont et de la Lombardie méritent le detour. Un itinéraire propice au repos et à l’intériorité. Et puis, comme d’habitude, l’actualité et l’histoire, avec un portrait du général Dalla Chiesa, tué par la mafia en Sicile, il y a tout juste trente ans. Encore à propos d’histoire, vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi le secret d’État existe ? Au nom de quel principe un État décide de taire la vérité à ses citoyens ? L’Italie en sait quelque chose et nous vous le racontons dans les pages qui suivent. Puis, histoire toujours, mais cette fois, dans la cave. Le destin des vins italiens les plus prestigieux, qui s’entremêle avec la vie des Grands de notre Histoire.
Sans oublier l’émigration. Dans ce numéro, l’expérience singulière de certains émigrés analphabètes originaires du sud de la Péninsule, à travers un article intéressant sur les lettres qu’ils écrivaient, ou plutôt, qu’ils dessinaient, pour communiquer avec leurs familles. Depuis toujours sans voix, beaucoup d’émigrés, en effet, trouvèrent un mode de communication antique et efficace : les pictogrammes. Un regard qui met en lumière une humanité souvent oubliée. Ti scrivo, anzi ti disegno est le titre de cet article de Salvatore Giannella, prestigieuse signature de la revue italienne L’Europeo.

Dans ce numéro également, un entretien avec le metteur en scène Marco Bellocchio, à propos de son dernier film Bella Addormentata, présenté cette année à la Mostra de Venise. Le film raconte quatre histoires qui s’entrelacent durant les derniers jours de la vie d’Eluana Englaro, la jeune femme restée plongée dans un coma végétatif pendant 17 ans à la suite d’un accident de la route. Ce cas avait divisé l’Italie. Le film affronte ainsi le sujet important et délicat qu’est l’euthanasie, sans jamais nous dire qui a raison ou qui a tort. Loin de toute idéologie, il laisse chacun de nous se faire son propre jugement, nous donnant uniquement à voir la complexité infinie de l’humanité. De nouveau, du bon cinéma italien. Et puis l’actualité, marquée toujours par la politique. Même si, à vrai dire, plutôt que de politique, on devrait désormais parler de « pages d’horreur » ou, si l’on veut être un peu plus optimiste, de rubrique « humour et cabaret ». Riez-en pour ne pas pleurer.
L’énième scandale, et toujours des politiques qui volent l’argent public. Certes, parmi ceux qui composent notre classe dirigeante nationale, régionale et locale, il y a sans doute aussi de nombreuses personnes honnêtes, mais désormais, les politiques indécents sont légion. Des gens médiocres, avides, prêts à tout. Des millions et des millions d’euros, dans la Région Lazio, destinés aux partis et dépensés pour acheter des demeures privées, pour payer des dîners et des festins au cours desquels les convives portaient, en guise de costume, un masque de cochon. Un déguisement qui se révèle sans doute être un gaspillage de trop, tellement ceux qui l’ont porté n’en avaient pas besoin.
Malheureusement la réalité est visible de tous. Dans ce pays paradoxal qui est le nôtre, comment fait-on, dès lors, pour rappeler aux citoyens qu’ils doivent « faire confiance à la politique » sans tomber dans l’exercice de rhétorique usé ? Seule la politique peut sauver la politique, mais en changeant tout. Le pays est dérouté par la généralisation, à droite comme à gauche, de ces cas de corruption. Les inculpés restent toujours vissés sur leurs sièges, sans jamais rien lâcher, sans jamais devoir rien lâcher. Espérons seulement que sous les décombres des bals masqués peuplés de truies et de cochons, de nombreuses Régions administrées, ces dernières années, de manière déconcertante, seront enfin appelées à rendre des comptes.

Rocco Femia

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