Je voudrais revenir sur ce qui s’est passé hier. 
Après avoir été banni de YouTube fin juin par Google, le comédien français Dieudonné a vu sa page Facebook et son compte Instagram supprimés « de manière permanente ». 
Le motif est l’usage de termes offensants et déshumanisants contre les juifs et les victimes de la Shoah. Pas besoin de rappeler que Dieudonné a fait l’objet de condamnations à plusieurs reprises et encore récemment pour des propos négationnistes et antisémites.

Je me souviens avoir découvert le comédien français déjà à l’époque de mon arrivé en France, je parle des années 90. À l’époque Dieudonné était le porte-étendard de thèmes anti-racistes et ces propos était vraiment irrésistibles. C’était l’époque de son duo avec Élie Semoun.

Et puis tout doucement les derapages, la descente aux enfers. 
Les premières accusations d’antisémitisme qui déclenchent de vives polémiques. 
La proximité avec l’idéologue anti-sémite Alain Soral, ainsi que du Front national, qu’il avait auparavant combattu, et, plus largement, de l’extrême droite.

Depuis une bonne décennie, son abus de la liberté d’expression est devenu de toute évidence insupportable. Ses monologues ne sont plus de la satire mais des déclarations clairement racistes et antisémites. Et comme tous les racistes, qu’à juste titre nous condamnons, il se comporte comme une victime de la répression et il parle de censure.

J’ai clairement compris son hypocrisie quand il a commenté l’arrestation de son ami Alain Soral. Choquant ce fut l’usage instrumental de la phrase de Gandhi, reprise par Dieudonné à cette occasion : « Il est plus facile de croire ce qu’on nous dit officiellement que de s’aventurer dans l’indépendance intellectuelle. En réalité, non pas l’opposition, mais le conformisme et l’inertie ont toujours été les obstacles les plus graves à l’évolution de la conscience ».

Et non, cher Dieudonné, cette phrase n’est qu’un fumigène : dans une démocratie, l’indépendance intellectuelle ne comprend pas la liberté d’être raciste. Le racisme n’est pas un droit, c’est un délit et c’est pour cela qu’en 2015, vous avez été condamné en Belgique à deux mois de prison pour incitation à la haine raciale, et deux fois à Paris pour antisémitisme.

Certes, maintenant comme toujours il y a ceux qui lèveront des boucliers en faveur du droit de parole, d’autres soutiendront l’hypothèse de la juste condamnation et de la necessité de lui empêcher de répandre la haine.

Personnellement, je pense que dans la comédie transgressive que Dieudonné a voulu épouser, on peut toujours discuter d’une prise de parole qui se situe entre la satire, le cynisme, la moquerie fasciste – comme, par exemple, se moquer de vraies victimes de vrais bourreaux- même si le jugement que l’on peut avoir sur cette activité dépend de sa propre idéologie. Mais au-delà de cette limite, il y a le racisme manifeste, qui n’est plus une opinion « anticonformiste », mais un crime.

L’horreur Dieudonné l’as atteint en 2015, lorsque il a commenté les attentats de Paris (revendiqués par l’Isis) avec cet affreux slogan « Je suis Charlie Coulibaly ». Ce fut l’énième et inexcusable dérapage. 
Pourquoi accorder sa solidarité à Charlie Hebdo en y ajoutant le nom du terroriste qui a tué quatre personnes de religion juive dans un supermarché casher de Paris ? 

Oui c’est bien incitation à la haine. 
Et si à cela on ajoute le mode de fonctionnement des algorithmes des réseaux sociaux, les jeux dont fait pour favoriser cette incitation à la haine et au racisme. 
Nous aussi le voyons tous les jours au fil des articles que nous publions. Nous voyons tous les jours comment une analyse peut déchaîner les passions et les violences verbales. Quoi dire donc de certains propos déjà en soi intolérables sur un profil, comme celui de Dieudonné qui avait plus d’un million de followers ?

Je regrette, mais l’incitation à la haine et le racisme ont des conséquences graves et ne peuvent être tolérés. 

C’est une bonne chose que les grands sponsors aient décidé de ne plus vouloir être associés à des sites toxiques, et maintenant les réseaux sociaux commencent enfin à prendre des mesures conséquentes. 

Il serait souhaitable que beaucoup de comptes Facebook incitant à la haine et au racisme puissent devenir l’objet d’un controle aussi clair de la part de Facebook. Et je trouve inacceptable que certains fans du comédien puissent le défendre en soulignant que la satire est là pour nous faire rire et qu’il ne faut pas s’offusquer ou offenser. 
Et non, trop facile. 
Chaque apologie, chaque éloge de la violence, même indirecte, se situe hors du champ de la communication soit-elle artistique ou pas et oblige les destinataires de cette « non-satire » à subir des provocations et des abus totalement injustes. Dans ces circonstances, se vexer est le moins que nous puissions faire. 
Non, l’incitation à la haine et au racisme est un « luxe » que nous ne pouvons pas nous permettre.

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Rocco Femia, éditeur et journaliste, a fait des études de droit en Italie puis s’est installé en France où il vit depuis 20 ans et où il a effectué une spécialisation en droit.
Il est fondateur et directeur de la publication du magazine RADICI. Il a à son actif plusieurs publications et de nombreuses collaborations avec des journaux italiens et français.
Livres écrits : A cœur ouvert (1994 Nouvelle Cité éditions) Cette Italie qui m'en chante (collectif - 2005 EDITALIE ) Au cœur des racines et des hommes (collectif - 2007 EDITALIE). ITALIENS 150 ans d'émigration en France et ailleurs - 2011 EDITALIE). ITALIENS, quand les émigrés c'était nous (collectif 2013 - Mediabook livre+CD)