Ça finit toujours comme ça…

Depuis qu’elle est née (en 1930), et depuis qu’elle participe à la Coupe du monde (1934), la Nazionale di calcio est le ciment qui unit notre pays, qui met d’accord juventini et milanisti, berlusconiani et grillini.

Il n’y a plus de Ligue du Nord qui tienne : quand joue la Nazionale, notre patriotisme explose avec une immanquable ponctualité. Tous les quatre ans, elle nous révèle une grande vérité, toujours la même : la seule chose qui unit les Italiens, c’est la Nazionale.

Rien n’est plus puissant, pour attiser le sentiment d’appartenance à une communauté, que la Squadra Azzurra. Enfin, nous pourrons crier tous ensemble « forza Italia », sans amalgame possible avec un parti politique italien.

En feuilletant ce numéro, le lecteur de RADICI pourra se rapprocher, grâce à la plume captivante de Biagio Picardi, de l’événement qui aura lieu en juin et juillet prochains au Brésil, grâce à un voyage dans l’histoire des mondiaux italiens, des anecdotes et récits qui les ont marqués, et qui raviveront le plaisir du souvenir des joueurs et les sentiments de chacun. Qui se souvient où il se trouvait au moment du match légendaire contre l’Allemagne, au Mexique, en 1970 ? Celui du célèbre 4-3 aux prolongations, remporté par les Azzurri. Pour ma part, je m’en souviens comme si c’était hier… C’était la nuit profonde en raison du décalage horaire, j’étais un petit garçon de neuf ans, assis sur les genoux de mon cousin Luigi, dans la maison pleine à craquer de Mario Capisciolto. Voilà, c’est aussi cela, le football, en Italie : le grand ciment d’un pays divisé. Onze Azzurri en short qui, depuis toujours, nous réservent des surprises et nous rendent fous de joie. Le poing fermé sur le cœur, l’hymne, les visages tendus au début de chaque match. Il n’y a pas un bar, un dîner ou une soirée entre amis où l’on ne commence pas en discutant de politique et de réformes, de Silvio Berlusconi et du « parti des juges », pour finir ensuite par parler de la Nazionale. Et pendant les soirées de Coupe du monde, tous, nous déployons le drapeau tricolore. Il n’y a pas de « mais » qui tienne. Et nous nous sentirons tous un peu émus au moment où nous entonnerons l’hymne de Mameli. Il nous semblera véritablement que l’Italie s’est réveillée [« l’Italia s’è desta », vers de l’hymne italien], nous ne penserons pas un seul instant être ridicules en nous imaginant avec, sur la tête, le casque de Scipion [« con l’elmo di Scipio [l’Italia]s’è cinta la testa », vers suivants].

Mais où réside le secret de cet amour éternel et de cette indéfectible fidélité que nous ne parvenons à appliquer qu’au ballon rond et à onze forcenés qui transpirent en courant d’un bout à l’autre du terrain ? Je ne me hasarderai pas à prendre la place de ceux qui nous l’expliqueront cet été. J’aime le football parce que j’ai commencé à y jouer quand j’étais enfant, sur des petits terrains en béton (celui du parvis de l’église de Santo Stefano, à Aprigliano, en Calabre).

Il n’y avait pas de poteaux aux cages, encore moins de filet, vous pensez bien, mais le symbole magique du pénalty, celui-là ne pouvait pas manquer, et d’ailleurs il ne manquait jamais. Il y avait toujours une dispute pour savoir qui allait le tirer. C’étaient les années du « trois corners, un pénalty », et on jouait jusqu’à six contre six, même si le terrain était prévu au maximum pour un trois contre trois. Et je vous assure, certains d’entre nous étaient des « marqueurs fous », ils prenaient le ballon et ne le lâchaient plus : ils marquaient, dribblaient, marquaient de nouveau, se glissaient au milieu de trois adversaires, ou plutôt d’une foule d’adversaires, et le ballon, ils ne le perdaient jamais. C’est comme ça qu’on commence à aimer le foot, et cet amour d’adolescence nous accompagne pour toute la vie.

Au risque de sembler pathétique, grandiloquent et conformiste, l’amour pour le football est un amour éternel parce qu’à chaque fois qu’on regarde un match, on redevient enfant, adolescent, tout jeune homme, trentenaire, et je m’arrête là. C’est pour cela que, quand on peut instantanément supporter une seule équipe, l’équipe de tous, la Squadra Azzurra, on s’identifie à elle, et on crie librement : « Viva l’Italia ! » Je sais, c’est ridicule, avec sur la tête le casque de Scipion, sa chevelure et toutes ces bêtises. Mais quelle importance ont désormais ces subtilités ? La Coupe du monde arrive, et moi, je me prépare à crier : « Forza Azzurri, on est tous avec vous ! »

Je savais que ça allait finir comme ça.

Rocco Femia, directeur de RADICI

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