Le changement climatique, l’utilisation, désormais, de drones pour tuer. Et des mots tels que « limite », « frontière », toujours plus à la mode. Rien, en apparence, qui puisse nourrir l’espoir.
Et pourtant, malgré tout, il y a bien un réveil des consciences et de la clairvoyance. Le réveil d’une société civile qui ne nous demande qu’à être présente. Le phénomène italien des Sardines (dont il a été question dans le numéro précédent), témoigne de ce besoin. Face à des chefs politiques névrotiques et uniquement assoiffés de consensus électoral, face aux démonstrations de puissance des seigneurs de la guerre qui se déchaînent pour conserver le monopole de la force, nombreux sont ceux, surtout des jeunes, qui veulent imposer leur vision des choses. Parce que dans le monde actuel ce sont eux, les jeunes, qui risquent de tout perdre, espoir et opportunité de pouvoir entrer dignement dans le monde du travail. Et voilà qu’à l’aspect exclusivement électoral des souverainismes à la Salvini, s’oppose la jeunesse, mais aussi les adultes avides de joie et de fraternité. Des mots aujourd’hui refusés en masse comme une peste imprégnée d’inutiles bons sentiments. Pour être concrets et à la mode, il faut privilégier des mots et expressions comme « sécurité » et « prima gli italiani ».
Mais les gens commencent à comprendre que pour certains politiques, le chaos est un véritable fond de commerce, un instrument de propagande qui ne conduit nulle part, mais qui les maintient au pouvoir. C’est pour cela que les limites et les frontières reviennent à la mode. Un périmètre à l’intérieur duquel racistes et xénophobes évoluent à leur aise. L’Italie, malheureusement, donne ces derniers temps la pire image d’elle-même.
En ce sens, descendre dans la rue en masse, comme sont en train de le faire les Sardines, et s’échanger baisers et embrassades à profusion, est la meilleure réponse que l’on puisse donner à ceux qui veulent nous monter les uns contre les autres et semer la haine. Il est temps de bâtir une époque de civisme, de savoir reconnaître la beauté de chaque espace de dialogue plutôt que d’essayer par intérêt de gagner à tout prix son propre espace, que ce soit à titre personnel ou en groupe.
Ne nous faisons pas d’illusions. Le cancer ne disparaît pas miraculeusement parce que se tiennent de nouvelles et énièmes élections politiques. La vérité, c’est que si nous suivons les prophètes du malheur, l’océan de la haine finira par nous emporter tous.
Il n’existe qu’un seul mot clair et sans équivoque : fraternité. Nous sommes la terre que nous décidons d’aimer. Peu importe qu’elle s’appelle France ou Italie. Vivre avec le goût de penser et produire de bonnes choses pour la santé du corps social, exactement comme un agriculteur produit une nourriture bonne pour la santé du corps.
Ce n’est qu’avec l’engagement de chacun que l’air redeviendra propre. Et pas seulement celui que nous respirons ; l’air, aussi, qui vivifie l’esprit.
Nous serons véritablement italiens non pas parce que nous haïssons ceux qui sont différents de nous et qui viennent d’ailleurs, mais si nous faisons tout pour éradiquer, enfin, de notre pays le crime organisé. Nous serons véritablement italiens quand dans notre pays, la ruse deviendra ridicule, le délit, atroce, la corruption et l’évasion fiscale, scandaleuses. Voilà ce que nous devrions véritablement combattre.
Et puis, avoir le courage de dire de jolis mots et les prononcer le regard enflammé par l’enthousiasme. Parce que non, ce n’est pas vrai, les racistes et les xénophobes, ceux qui montent les gens les uns contre les autres, ne gagneront pas. Leur flamme s’allonge parce qu’elle est presque consumée. Parce que l’Italien du futur ne peut pas être celui du « prima gli italiani ». C’est un contresens historique. Le racisme du souverainisme appartient aux temps obscurs, au crépuscule de la barbarie, tandis que la nuit peut et doit être un passage vers la lumière.

Rocco Femia