Aujoud’hui encore, l’historien se trouve confronté, à chaque page de ce volumineux dossier,
à d’inquiétantes zones d’ombre. Services secrets, organisations mafieuses, loges maçonniques, adversaires et compagnons politiques. Au fond, qui avait interêt à la disparition d’Aldo Moro ? Nous avons interrogé Philippe Foro, maître de conférences à l’université Jean Jaurès de Toulouse, et spécialiste de l’histoire de l’Italie contemporaine.

Monsieur Foro, finalement qui a tué Aldo Moro ?

Tout d’abord, une remarque. La mort tragique d’Aldo Moro a éclipsé, dans l’esprit de bien des gens, l’importance que le leader démocrate chrétien a tenue dans l’élaboration de la constitution de la République, dans l’histoire de la démocratie italienne. Quant à savoir qui a tué Moro, la question est complexe. Concernant l’exécution de Moro après 55 jours de séquestration, ce sont des militants de Brigades rouges, Mario Moretti et Germano Maccari. Mais la question suppose également de s’interroger sur la volonté réelle de certains membres des services italiens, de certains politiques d’aboutir à la libération de Moro. J’ai le sentiment, mais les preuves documentaires manquent, que des responsables, dont je ne parviens pas à déterminer le niveau de responsabilité (présidence du Conseil, ministère de l’Intérieur, services secrets, officiers liés à l’OTAN etc.), ont estimé que les Brigades rouges allaient éliminer un homme qui avait osé entamer un dialogue avec l’ennemi traditionnel, le Parti communiste. Il s’agit du moment du compromis historique.

propos recueilli par Rocco Femia