Aujourd’hui sur la planète, les réfugiés n’ont jamais été aussi nombreux. Dans ce contexte, avec son spectacle « ITALIENS, quand les émigrés c’était nous », GRUPPO INCANTO fait œuvre utile et la troupe va même porter son message à travers le continent européen. Première étape : un concert parisien en novembre prochain, représentation précédée d’une rencontre autour de l’histoire de l’immigration italienne.

Cet été encore, il y aura deux types de population sur les plages italiennes et grecques : les migrants et les vacanciers. Vous souvenez-vous de Terraferma, le remarquable film d’Emanuele Crialese sorti en 2011 ? On y voit s’éviter, voire s’affronter, sur l’ile de Lampedusa, refugiés et habitants, dans l’indifférence (ou l’ignorance) presque générale des touristes. Avec une scène particulièrement saisissante, quand le héros emmène sa petite amie en ballade en barque pour un bain de minuit. Alors que celle-ci se jette à l’eau, nue, et l’invite à l’y rejoindre, des centaines de battements de bras se font entendre et l’onde commence à s’agiter, autour d’eux et du frêle esquif. Voilà les migrants, symbolisés telle une meute, une vague. Notre héros s’enfuit avec sa bien-aimée, n’hésitant pas à assommer d’un coup de rame l’un des assaillants qui tente de monter à bord. C’est là que commence, pour lui, le chemin de la repentance.

Avant de donner nous aussi, par peur ou par ignorance, un coup de rame que l’on pourrait regretter, GRUPPO INCANTO nous rappelle qu’il fut un temps, pas si lointain, où « les émigrés c’était nous ».

Prenons un exemple tout simple et si proche, alors que nous allons prendre la route des vacances, en passant, pourquoi pas, par Menton, pour rejoindre le Bel Paese. Si vous quittez l’autoroute, vous emprunterez la route nationale qui longe la côte et vous tomberez nez à nez avec le pont Saint-Louis, surnommé « le Pas de la mort ». De nombreux migrants italiens y ont perdu la vie en voulant passer clandestinement par les falaises qui surplombent le poste frontière et la mer. Croyez-vous cette histoire trop ancienne ? Détrompez-vous. Des réfugiés algériens qui fuyaient le GIA s’y risquaient encore jusqu’au milieu des années 1990. L’été dernier, de l’autre côté de la frontière, la gare de Vintimille et sa route principale restaient fermées aux Syriens. Si beaucoup d’images projetées lors du spectacle sont en noir et blanc, les récits qu’elles évoquent n’ont pas vieilli.

Patrick Noviello

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