Fondi della Chiesa nelle casse di organizzazioni gestite dai familiari del porporato. Finanziamenti alla cooperativa di un fratello, alcuni dei quali provenienti addirittura dall’obolo di San Pietro. L’inchiesta esclusiva dans la revue L’Espresso du 27 septembre 2020.

Une réalité corrompue « est une réalité sale et un chrétien qui laisse la corruption l’attraper n’est pas un chrétien, il pue« .

Ces mots furent déclarés par le pape François en 2015. 

Si l’on tient à ce que l’enquête de ces dernières heures a déclenché suite à l’acquisition par le Secrétariat d’État d’un bâtiment à Londres est révélateur, la puanteur de la corruption doit être fortement ressentie dans les couloirs du Vatican ces jours-ci. L’achat d’un immeuble sur la Sloane Avenue à Londres en 2014 a progressivement creusé un « énorme trou » dans le bilan du Saint-Siège.

Le symbole qui donne la mesure tragique de la trahison vécue par le Pape Bergoglio, par cette avide spéculation immobilière et financière, est peut-être la façon dont le Denier du Culte, les dons que l’Église recueille pour les actes sociaux des pauvres, a été utilisé. Hélas, il parait qu’une telle spéculation n’est pas exceptionnelle mais plutôt une méthode très concrète propre à la direction de la Secrétairerie d’État et à l’occurrence par le cardinal Angelo Becciu, comme le démontre le rapport de l’enquête de la revue l’Espresso qui sera publié demain et que j’ai pu lire. Le pape François n’a jamais aimé son modus operandi, et alors que les spéculateurs, les courtiers et les promoteurs financiers abusaient de l’argent du Denier du Culte et du Secrétariat d’État, il a tissé un réseau de nouvelles règles et réglementations pour les actifs du Vatican.

Dans l’œil du cyclone, le Cardinal Angelo Becciu.

Né à Pattada, en Sardaigne, le cardinal Becciu, 72 ans, a été député aux affaires générales de 2011 à 2018. Le pape François l’a démis de ses fonctions le 29 juin 2018 en le « promouvant » en tant que Préfet pour la Congrégation de la cause des Saints. Au cours de son mandat, Becciu a confié – étrange mais légal – l’ensemble de la trésorerie du Vatican au financier Enrico Crasso, ancien directeur du Crédit Suisse qu’il avait rencontré quelques années plus tôt dans le cadre d’un accord infructueux concernant le pétrole angolais.

Par le biais de son affiliation à une société, Sogenel Holding à Lugano d’abord et Azimut plus tard, Crasso a canalisé les ressources d’investissement du Vatican vers des fonds spéculatifs basés sur des paradis fiscaux. L’argent a fait de longs détours avant de refaire surface avec des rendements très faibles par rapport aux gains spéculatifs en général, comme le montrent les registres du portefeuille d’actions de la Secrétairerie d’État que la revue L’Espresso a pu se procurer. En plus de cela, la « méthode Becciu », comme désormais est appelée, avait aussi un côté familial. Selon les documents auxquels ont eu accès, les journalistes, le responsable de la Secrétairerie d’État a demandé et obtenu deux prêts non remboursables de la Conférence épiscopale italienne (CEI) et un par le Denier du Culte. Les fonds sont allés à SPES, une entreprise constituée sous forme de coopérative, branche opérationnelle de la Caritas à Ozieri, dans la province de Sassari en Sardaigne, dont le propriétaire et représentant légal est le frère du Cardinal Becciu, Tonino.

La manière inhabituelle, bien que non criminelle, du cardinal Becciu de gérer l’argent, laisse quelques doutes sur sa gestion des affaires financières.

Suite à une première demande en septembre 2013, SPES, la coopérative, a reçu des subventions d’un montant de 300 000 euros pour développer ses activités et se moderniser. Ce n’est pas le seul soutien dont il bénéficie. En raison d’un incendie dans l’une des dépendances, le Cardinal a demandé en janvier 2015 que 300 000 euros supplémentaires soient alloués à la coopérative. Il l’a fait malgré une importante prime d’assurance pour les dommages causés par l’incendie que l’organisation dirigée par son frère était sur le point d’empocher. Les fonds demandés et obtenus par le cardinal Becciu provenaient de l’ « Otto pour mille » (huit pour mille, 0,8%, un impôt obligatoire que les contribuables italiens peuvent transfèrent, si les désirent, aux églises organisées à des fins humanitaires et sociales) et que la CEI (la Conférence Épiscopale Italienne) collecte.

La troisième et dernière demande de subvention non remboursable de 100 000 € date d’avril 2018. Cette fois, la subvention devait être utilisée, a déclaré le cardinal, pour rénover les installations pour l’accueil des migrants. Plutôt que de la CEI, cette subvention est arrivée via le Denier du Culte, qui, encore une fois, est sous le contrôle du cardinal Becciu.

L’importante somme d’argent demandée et obtenue par le Cardinal Becciu est entrée dans un cana familiale difficile à retracer, exposant davantage le Saint-Siège à un conflit d’intérêts majeur. À tel point que plusieurs organisations de coopération catholiques, ont commencé à exprimer des plaintes internes sur le caractère inapproprié des liens entre le donneur et le receveur.

Le temps passait et vu que personne n’émettait des doutes cela a permis aux opérations de sombrer dans le silence. La méthode Becciu n’est cependant pas récente, affirment les sources de la revue L’Espresso. Cela remonte à environ deux décennies, lorsque le cardinal était nonce apostolique. Un autre de ses frères, Francesco, qui possédait une entreprise de menuiserie, obtint avec la même procédure des fonds pour rénover et meubler un certain nombre d’églises en Angola et à Cuba, où le futur cardinal avait été nommé Nonce Apostolique. Cela se produisait il y a pas mal d’années quand il n’y avait aucun contrôle sur la façon dont les contrats étaient accordés à des tiers – et l’utilisation des liens familiaux était une pratique courante. 

De retour à nos jours, un autre cas révélateur est celui d’Angel’s S.r.l., société dont le représentant légal et actionnaire majoritaire à 95%, est un autre frère du cardinal, le professeur Mario Becciu, qui enseigne psychologie à l’Université salésienne de Rome. La mission formelle de l’entreprise, cependant, n’a aucun lien avec ses incontestables compétences académiques. Curieusement, elle opère dans l’industrie de l’alimentation et des boissons, fournissant des services de distribution et de conseil spécialisés et installant des systèmes automatisés et des machines commerciales de bière et de boissons pour l’industrie hôtelière. S’appuyant sur le marché solidaire, comme la coopérative SPES de Tonino Becciu, la société de Mario Becciu produit et embouteille la « Birra Pollicina », une bière actuellement absente du marché et dont il n’est pas fait mention dans les circuits de distribution de bière commerciale. Il ne se trouve que dans des lieux de restauration sélectionnés vers lesquels les organes ecclésiastiques dirigent sa distribution. Tous ces managers, interrogés sur la manière dont cela fonctionnait, ont déclaré conjointement que l’achat des produits d’Angel’s S.r.l. venait directement du cardinal Becciu ou de personnes de son entourage. Certaines publications promotionnelles disponibles indiquent que la production de bière Pollicina aide les personnes défavorisées. Parmi eux, il y a des personnes ayant des problèmes de développement, et, en particulier, ceux avec un syndrome autistique. De manière informelle, cependant, on dit que Pollicina n’est qu’un revendeur du produit et que l’entreprise a un entrepôt à la périphérie de Tivoli (dans la région de Rome) en plus de son siège social à Rome, via Ignazio Ciampi.

Il est prévu qu’une partie du produit de la vente de bière soit versée à la Caritas de Rome, une organisation qui ne semble pas avoir de partenariat officiel avec l’entreprise, comme cela serait une pratique courante. Angel’s S.r.l. est donc une organisation de taille moyenne/grande, avec un chiffre d’affaires annuel sain, dont le noyau est sans risque et sous la protection de Mgr Angelo Becciu. 

Il s’agit d’un autre conflit d’intérêts qui n’a actuellement aucune conséquence juridique, mais qui continue de générer une traînée de profits. Selon certaines des sources qui s’est procuré la revue L’Espresso, dans le secteur financier, les revenus substantiels générés par les activités des frères du cardinal Becciu semblent avoir été investis par la suite dans des valeurs refuges, des sociétés financières et des actions, tous des investissements légitimes à faible risque. Les fonds d’investissement où l’argent semble avoir atterri avaient déjà été testés avec d’autres opérations par la Secrétairerie d’État sous le cardinal Becciu, comme le montrent les archives. 

Au cours des années pour lesquelles les journalistes ont parcouru les documents, ils ont constaté que certains fonds d’investissement étaient régulièrement utilisés. Certains sont domiciliés au Luxembourg, d’autres en Asie ; d’autres encore à Malte par le biais du Centurion Fund, dont le directeur, encore une fois, est Enrico Crasso – c’est lui, d’ailleurs, qui a discrètement présenté Lorenzo Vangelisti au cardinal Becciu. PDG de Valeur Group, société indépendante de gestion d’actifs, de conseil, de trading. Groupe de recherche et immobilier dont le siège est à Lugano, en Suisse, Vangelisti était dans la partie, avec Alessandro Noceti, le directeur de Valeur capital et un ancien homme du Credit Swiss London, impliqué dans l’opération de propriété de l’immeuble Sloane Avenue.

Un ancien consultant de cette organisation, que L’Espresso a rencontré ces derniers jours, a expliqué comment Valeur Group, en utilisant des organisations écrans, « garantissait, dans le passé, une capacité substantielle à dissimuler les investissements institutionnels de la Secrétairerie d’État en tant que tels ainsi que leur transit. L’acquisition de l’immeuble de Londres est le dernier chapitre d’un certain nombre d’investissements que le Saint-Siège a mal gérés avec pour résultat une perte substantielle d’argent – des centaines de millions d’euros. Ce n’est pas seulement la conséquence d’une mauvaise gestion, mais d’un véritable plan concocté derrière le dos du pape François, par lequel le cardinal Becciu a donné la priorité à la gestion et au maintien de ses intérêts privés entre les mains de Crasso et Vangelisti, plutôt que de se conformer à une politique sans ambiguïté voulue par Bergoglio. 

« Vangelisti et Noceti, les principaux partis dans l’affaire de Londres », a expliqué l’ancien consultant de Valeur Group, « ont peur d’être traqués par les autorités vaticanes, non pas à cause d’actes répréhensibles, étant que la spéculation est leur travail, mais parce qu’ils savent bien que si quelqu’un tire un fil dans cette histoire, tout pourrait être révélé – et l’argent provenant de l’accord spéculatif de Londres est toujours dans le coffre-fort de leur entreprise, tout comme l’argent que toutes les parties impliquées dans l’affaire ont empochées et les actifs financiers personnels que chacun d’eux y a transféré ces dernières années.

Dans le cadre de ce schéma, dont la réalité est étayée par des documents et des registres financiers, l’affaire de l’immeuble Sloane Avenue à Londres a été le dernier aboutissement d’un mode de gestion des actifs financiers du Vatican : pathogènes, intérêts croisés et conflits d’intérêts ont été si évidente que de telles opérations pourraient avoir eu lieu régulièrement. Cette histoire concerne un domaine dans lequel des avocats et des cols blancs, qui au fil des ans ont fait circuler l’argent à travers un réseau de fonds d’investissement et d’entreprises qui conservaient leurs actifs financiers dans des paradis fiscaux, garantissaient que les entreprises privées du cardinal Becciu et sa famille puissent rester confidentielles provocant un mécanisme de chantage qui a ouvert un trou de 454 millions d’euros. 

Un tel modus operandi n’est pas ponctuel. Il a d’illustres précédents dans l’histoire du Vatican. Contrairement au passé, cette fois, les actions de contrôle interne ont conduit à des enquêtes et à des arrestations en temps opportun, contrairement aux décennies passées. Ce résultat on le doit aussi aux nouvelles règles anti-corruption que la pape Francesco a fortement voulues.

C’est aussi la raison pour laquelle Gian Franco Mammì, le directeur de l’IOR (l’Institut des Œuvres de Religion), à la suite d’une demande de 150 millions d’euros de Becciu au motif flou de «raisons institutionnelles», s’est immédiatement rendu chez le pape et lui a demandé si il était au courant de toutes les opérations de virement bancaire de son adjoint au Secrétariat, tant celles concernant le bâtiment de Londres que celles liées à l’influence croissante d’Enrico Crasso sur la manière dont les fonds du Denier du Culte étaient investis.

Le pape François a alors appelé à une main de fer contre les corrompus et les corrupteurs : « Je veux de la clarté sur tous les aspects, la récupération de l’argent pour les pauvres, la prison pour ceux qui ont commis des erreurs. » 

À partir de ce moment, les promoteurs de la justice, les services de renseignement et les organes de lutte contre la corruption font de leur mieux pour compléter le tableau et «se débarrasser de la puanteur et de la corruption » au Vatican.

© Massimiliano Coccia L’Espresso du 27 SETTEMBRE 2020

Site Web | Plus de publications

Rocco Femia, éditeur et journaliste, a fait des études de droit en Italie puis s’est installé en France où il vit depuis 20 ans et où il a effectué une spécialisation en droit.
Il est fondateur et directeur de la publication du magazine RADICI. Il a à son actif plusieurs publications et de nombreuses collaborations avec des journaux italiens et français.
Livres écrits : A cœur ouvert (1994 Nouvelle Cité éditions) Cette Italie qui m'en chante (collectif - 2005 EDITALIE ) Au cœur des racines et des hommes (collectif - 2007 EDITALIE). ITALIENS 150 ans d'émigration en France et ailleurs - 2011 EDITALIE). ITALIENS, quand les émigrés c'était nous (collectif 2013 - Mediabook livre+CD)